Des votes venus d’ailleurs

À seulement une semaine des urnes, certains électeurs s’apprêtent à voter pour une commune qu’ils ne fré­quentent plus au quotidien. Derrière ces « mal-​inscrits » se mêlent fidélité à un ter­ri­toire, atta­che­ment familial et volonté de peser encore sur l’avenir d’un lieu qu’ils ont pourtant quitté, une facette peu connue de la démo­cra­tie locale.

Des électeurs entre deux villes

Depuis la Grèce antique, le citoyen participe à la vie de la cité, notamment en élisant ses repré­sen­tants. Mais au fil des siècles, beaucoup ont appris à connaître plusieurs cités au cours d’une vie, pour les études, le travail, le soleil ou l’amour. Aujourd’hui, un Français sur dix change de lieu de vie, sans forcément changer de bureau de vote : 7,7 millions d’entre eux restent inscrits dans une ville dif­fé­rente de leur résidence.

Esther en fait partie. À 27 ans, elle vit à Paris, mais vote depuis sa majorité dans sa commune d’enfance, en Seine-​et-​Marne, à 100 km de là. « J’ai longtemps eu la flemme de faire mon chan­ge­ment de liste élec­to­rale », reconnaît-​elle. Mais cette année, elle est bien contente de pouvoir faire pencher la balance. Dans sa ville d’origine, le candidat du Rassemblement national à la mairie, séduisait déjà près de 40 % des habitants aux dernières légis­la­tives. « Il y a quelques semaines, Jordan Bardella est venu en visite pour le soutenir. Je n’avais jamais vu autant de monde réuni dans la ville », raconte-​t-​elle effarée. La jeune femme souhaite également soutenir le maire sortant. « Il y a beaucoup de chan­ge­ments positifs depuis que je suis petite. Beaucoup de commerces ont ouvert, les églises ont été rénovées, les trottoirs et les terrains de tennis. » Quand elle rentre, elle fait souvent le tour de la ville pour constater ce qui a changé. Bien qu’elle soit surtout impactée par les décisions locales de Paris, son vote lui semble plus important dans cette petite commune, où quelques dizaines de voix peuvent faire la différence.

« Donner sa voix » 

Comme Esther, Lisa vote toujours dans son village du Maine-​et-​Loire, alors qu’elle vit désormais dans la capitale. Pour elle, conserver son ins­crip­tion élec­to­rale est une manière de ne pas tourner le dos aux ter­ri­toires ruraux dont elle est issue. « Partir dans une grande ville ne m’empêche pas de par­ti­ci­per au niveau local », explique-​t-​elle. Elle voit aussi dans ce choix une manière de maintenir une dynamique politique dans des communes où les jeunes s’exile vers les grandes villes. « Le fait que les jeunes s’en aillent n’aide pas à donner une nouvelle impulsion politique et sociale au village. » Avoir vécu ailleurs lui donne, selon elle, un regard différent : « Tout ce que j’ai appris en vivant dans d’autres villes m’a donné une sorte d’objectivité sur le local et sur ce qui pourrait fonc­tion­ner. C’est aussi une force de continuer à donner sa voix à ces endroits pour ne pas les laisser s’enliser. »

Pauline non plus ne s’est jamais inscrite sur les listes élec­to­rales de la capitale, où elle vit depuis plus de dix ans. Pourtant, elle y paie un loyer, emprunte le métro et les vélos en libre-​service, flâne dans les parcs et y scolarise ses enfants. Mais les élections restent pour cette qua­ran­te­naire l’occasion de perpétuer une tradition familiale : se rendre au bureau de vote de Montrouge avec ses parents. « En plus, c’est dans mon école mater­nelle ! » raconte-​t-​elle avec nostalgie. Au-​delà de l’habitude, elle tient aussi à par­ti­ci­per à la vie locale de la commune où vivent encore ses parents. Elle n’a jamais été radiée des listes élec­to­rales malgré ses années passées ailleurs.

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