La parité obligatoire modifie la composition des listes municipales, mais son impact varie selon la taille des communes. Dans les petites villes, elle s’applique surtout par pragmatisme, tandis que dans les grandes, les femmes font face à des obstacles structurels qui limitent leur influence réelle.
Depuis l’adoption de la parité obligatoire dans toutes les communes, les listes municipales doivent alterner hommes et femmes. Cette mesure a conduit à une progression notable : selon l’INSEE, 47 % des candidates aux municipales de 2020 étaient des femmes, mais elles ne représentaient que 37 % des élus dans les conseils municipaux. Dans les exécutifs, le déséquilibre est encore plus marqué : plus de deux tiers des maires restent des hommes.

Liste paritaire, pouvoir masculin
À Arcueil, Sophie Pascal-Lericq, adjointe au maire et candidate pour les prochaines élections à Arcueil, décrit la parité comme une obligation juridique appliquée souvent en fin de construction des listes : « La loi fixe un cadre. La volonté politique oblige à interroger nos réflexes collectifs : qui propose des candidatures ? qui s’autorise à prendre des responsabilités ? », explique-t-elle. Dans les petites communes, cette démarche permet avant tout de compléter des listes avec des bénévoles associatifs ou des parents d’élèves, plutôt que de transformer la gouvernance elle-même.Dans ces contextes, la parité favorise la participation des femmes mais reste surtout symbolique : elle ne garantit pas leur accès aux postes de décision. Sophie Pascal-Lericq le constate : « À compétence égale, une femme doit souvent prouver davantage pour être investie. Les hommes s’autorisent plus spontanément à se considérer légitimes. » La charge mentale et les contraintes familiales restent des obstacles déterminants, freinant encore l’engagement féminin, analyse Antoine Valprémit, maire de Sacé depuis 13 ans. À Paris, Théa Fourdrinier, candidate dans le 8e arrondissement, illustre les obstacles culturels et sexistes persistants. Elle souligne la difficulté pour les femmes de se sentir légitimes dans un milieu historiquement masculin. « Lorsque l’on est une femme, on voit certaines situations que les hommes ne voient pas, car on se sent plus en danger », explique-t-elle, une piscine municipale dont l’aménagement, créé par des hommes, exposait les usagères à leurs regards.

Une projection au féminin
Malgré une parité qui transforme les listes, le pouvoir reste majoritairement masculin. Stéphanie Lefoulon, adjointe au maire de Mayenne et membre du réseau féminin « Élues Locales », note que la parité a permis à des femmes de s’engager, mais insuffisamment. Selon elle, la prochaine étape consiste à redistribuer le pouvoir et d’instaurer une gouvernance plus collective, une opinion partagée par Antoine Valprémit : « il faut avoir autant d’adjoints que d’adjointes dans toutes les communes pour permettre aux femmes de prendre des responsabilités et de s’engager comme maires en 2032. On peut aussi limiter le nombre de mandats dans le temps, afin d’ouvrir la place à autant d’hommes que de femmes ».