En 2025, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, la France enregistre plus de décès que de naissances. Avec un taux de fécondité tombé à 1,56 enfant par femme selon l’Insee, le pays connaît un basculement inédit. Mais derrière les chiffres, c’est une question plus intime qui se pose : faire un enfant va-t-il encore de soi ?
Pour assurer le renouvellement des générations, le taux de fécondité devrait atteindre deux enfants par femme. Et aujourd’hui, il en est loin. Ce recul ne s’explique pas uniquement par un désintérêt pour la parentalité. Il s’inscrit dans un contexte économique incertain. Bon nombre de Français ne pensent pas pouvoir se permettre d’avoir un enfant ; d’autant plus que le budget moyen d’un bébé est estimé à 500 euros par mois selon une étude Ipsos.
Un plan contre l’infertilité
Alors face à la baisse de la natalité, la ministre de la Santé Stéphanie Rist a présenté le 5 février un plan de lutte contre l’infertilité. Parmi les mesures phares : un message d’information envoyé aux citoyens dès leurs 29 ans, une amélioration de la PMA et une meilleure prise en charge du syndrome des ovaires polykystiques (SOPK). L’objectif affiché par le gouvernement : éviter les regrets tardifs et les « si j’avais su ». Et quand certains saluent cette initiative, d’autres restent sur leurs gardes. Angèle, 23 ans, atteinte du SOPK, explique : « C’est bien qu’ils s’en préoccupent, mais on a l’impression d’être entendues juste pour avoir des enfants, alors que le SOPK va au-delà de ça. » La santé des femmes ne devrait pas devenir un simple outil démographique.
Revendiquer une vie sans enfant
En parallèle, de plus en plus de femmes revendiquent ouvertement le choix de ne pas être mères. En 2022, 33% d’entre elles déclaraient que leur bonheur n’était pas lié à la maternité. Et souvent, le besoin de liberté, la responsabilité, ou encore les enjeux écologiques motivent cette décision. Emeline, 21 ans, l’exprime honnêtement : « L’engagement d’avoir un enfant nous suit toute notre vie, et ça me freine. J’ai envie d’être mobile, de voyager, sans être contrainte. » Elle ajoute : « Au vu de la situation écologique, le monde est incertain, et je ne veux pas y laisser un être que j’ai créé. » Malgré tout, la pression sociale persiste. « On dit aux femmes qu’elles changeront d’avis. Les hommes, on leur trouve plus d’excuses », observe-t-elle. Lorsqu’en 2024 Emmanuel Macron évoque un « réarmement démographique », le débat se tend. « On transforme l’acte de procréer en solution économique » estime Emeline. Et alors, l’intime et le personnel deviennent affaire d’État.
Le droit d’avoir – ou de ne pas avoir – d’enfant
Pour d’autres, l’enjeu est d’abord celui de l’accès aux droits. Indya, 22 ans, en couple avec une femme, accueille d’un bon œil l’amélioration annoncée de la PMA : « C’est rassurant ». Mais elle nuance : « Même si pour le moment je ne veux pas avoir d’enfants, je veux la possibilité d’en avoir. Et savoir que cette possibilité dépend du parti politique au pouvoir, c’est inquiétant. » Au fond, la baisse de la natalité ne révèle pas seulement un recul du désir d’enfant. Elle met en lumière un besoin de sécurité, de liberté et de cohérence. Entre aspirations individuelles et préoccupations collectives, la question n’est peut-être pas combien d’enfants naissent, mais dans quelle société on choisit – ou non – de les faire naître.