Le printemps revient, et avec lui les élections municipales. Sur les réseaux sociaux et sur les places, les élus locaux se bousculent. De Lille à Blois, en passant par Provins, certains étudiants ont décidé de ne plus attendre d’être représentés. Constant Roulet, un étudiant militant, l’assure « si on veut vraiment changer les choses, il faut aussi se présenter aux élections. »
La Gen Z formée par les crises
Leur jeunesse a été rythmée par les réformes et les crises successives. Thomas Courtois, 20 ans et étudiant en journalisme à Lille, se souvient précisément du moment où il a franchi un cap lors de la dissolution de l’Assemblée nationale : « J’ai eu un profond mouvement de révolte, surtout avec la menace que ma ville d’origine tombe aux mains du RN. » Son engagement était ancien, nourri par ses années au Conseil municipal jeune, au Conseil académique de la vie lycéenne (CAVL), puis au Conseil national de la vie lycéenne (CVL). Mais cette séquence politique a tout accéléré. Melchior de Rochebrune, 24 ans, en master de sciences politiques, situe lui aussi son basculement en 2020. Confiné dans son 9 m², il « rejette en bloc la politique gouvernementale et rejoint la Fédération des jeunes révolutionnaires-IVe Internationale. » Depuis, son combat est clair « Il est inacceptable qu’en 2026, les étudiants aient faim. » Leur socialisation politique s’est faite dans l’urgence. Dans l’instabilité. Et souvent dans la frustration.
Du militantisme aux listes
Une politisation de longue haleine pour la plupart. À 15 ans, âge minimum requis, Mélanie Robert intègre le Conseil des Jeunes à Blois (41). En parallèle, elle fait partie elle aussi du CVL et du CAVL « J’avais vraiment la sensation de contribuer au bien-être des élèves. » Aujourd’hui, l’étudiante en design graphique se trouve 32e sur une liste d’union de la gauche à Blois, elle parle sécurité, culture, attractivité étudiante. Quant à Maxence Parent, en master recherche en sciences politiques à Lille 2, il s’est longtemps cherché Centre, MoDem, et aujourd’hui, chez Les Jeunes Ecologistes, « Mes études nourrissent mon engagement, et mon engagement nourrit mes études. » Aussi, Anaïs Gourgand, présidente du syndicat étudiant de l’UNEF Lille et co-tête de liste aux municipales, assume une vision plus radicale et voit dans les municipales une extension des luttes.

Un engagement pas de tout repos
Aucun ne parle « d’ambition personnelle. » Et pourtant, c’est leur personne qui est parfois mise en péril. Certains ont été menacés de mort, d’autres ont été poursuivis au tribunal par leur mairie ou d’autres encore ont dû se résoudre à choisir. À quelques semaines du scrutin des municipales, les convictions ne se lisent ni dans les grands noms, ni dans les grands discours, mais dans ces jeunes qui osent.