La campagnes électorale vient de débuter. Le rendez-vous des municipales sera-t-il aussi celui de l’abstention ? Les dernières municipales ont battu tous les records avec un taux d’abstention de plus de 50 %. Si ces résultats peuvent s’expliquer en partie par la crise sanitaire de la Covid, ils relèvent d’un problème beaucoup plus large. Pierre Mathiot, professeur des universités en science politique à Sciences Po Lille, revient sur ce désintérêt.
Comment expliquez-vous le taux d’abstention de 2020 ?
Pierre Mathiot : en 2020, l’abstention avait atteint un niveau exceptionnel, en raison du contexte sanitaire. Toutefois, la limiter uniquement aux répercussions de la Covid est assez réducteur. L’abstention augmente depuis environ 25 ans. Une partie importante de la population considère que les municipales sont moins déterminantes que les présidentielles. En ville, plus la commune est grande, plus la décision semble éloignée du quotidien. À l’inverse, dans les petites communes, la participation est plus forte car les électeurs connaissent personnellement les candidats.
Pourquoi un tel désintérêt venant des Lillois ?
P.M – En plus d’une certaine forme de distance qui minimise leurs impacts dans la sphère politique, aujourd’hui ce qui relève de la compétence du maire est très mal communiqué. Il y a un véritable flou pour ce qui relève de la compétence de la commune, de la région ou encore de l’intercommunalité. Dans le cas de Lille, la Métropole européenne de Lille exerce désormais des compétences importantes : transports, voirie, gestion des déchets. Les électeurs ont parfois le sentiment que la mairie ne décide pas de grand-chose. Ce flou institutionnel peut contribuer au désintérêt.
Est-ce que ces municipales seront marquées par une forte abstention ?
P. M – C’est une éventualité, oui. Cependant il est important de rappeler que les municipales permettent aux partis de s’installer au niveau local. Au niveau national, si La France insoumise ou le Rassemblement national remportent davantage de villes, il existe un décalage important entre leur poids national et leur présence locale. Si ces partis renforcent leur ancrage municipal, cela pourrait indiquer une évolution profonde du paysage politique, voire préfigurer un duel Mélenchon et Le Pen en 2027.