Sept listes, dont six se réclamant de la gauche, se disputent la succession de Gérard Caudron, maire depuis un demi-siècle. Un embouteillage qui nourrit les inquiétudes des uns et les espoirs du seul candidat de droite. En 2020, Gérard Caudron et Pauline Ségard réalisaient à eux deux 80% au second tour. La ville n’a jamais élu de maire de droite depuis 1977…
Quatre des principales listes sont issues de l’ancienne majorité. Caudron lui-même figure en cinquième position sur la liste de Sylvain Estager. Cet éclatement, Pauline Ségard l’explique froidement : « Les différentes composantes de la majorité sont venues pour sa personne plutôt que pour ses convictions. Quand sa personnalité n’est plus mise en avant, les divergences émergent. » Vincent Baledent, lui-même ancien colistier, confirme : « La force de Caudron, c’est d’avoir fédéré autour de lui. Le diviseur, c’est la personne qu’il a choisie. » Farid Oukaïd, ancien adjoint au sport de Gérard Caudron et candidat pour En Avant Villeneuve d’Ascq ainsi que Victor Burette, candidat Vivre Villeneuve d’Ascq et soutenu par le PS sont également issus de cette majorité.

Ainsi, seuls le député LFI Ugo Bernalicis, la candidate Lutte Ouvrière Pascale Rougée et Pauline Ségard ne viennent pas de cette ancienne majorité. Derrière de légères divergences sur le programme (vidéosurveillance, ferme municipale, accueil des gens du voyage) se cachent surtout des questions d’égo. Sylvain Estager pointe « des ambitions personnelles », tandis que Pauline Ségard évoque « des gens qui imposaient d’être tête de liste. » Paradoxe, Sylvain Estager reconnaît lui-même seulement « deux points de divergence majeure » avec Pauline Ségard. Pourquoi deux listes, alors ?

Le scénario cauchemar « à la roubaisienne »
Sylvain Estager nomme le risque explicitement : « La gauche est largement majoritaire à Villeneuve‑d’Ascq, il ne faudrait pas voir un scénario à la roubaisienne. » Vincent Baledent, lui, anticipe : « Les circonstances s’alignent pour nous. Je pense que nous serons premiers au soir du premier tour. » Sylvain Estager et Pauline Ségard parlent d’un premier tour comme d’une « primaire de gauche », pour mieux se rassembler au second. Vincent Baledent n’y croit pas : « Cela me semble compliqué si l’on n’arrive pas à se mettre d’accord, de le faire au soir du premier tour. »

Des électeurs perdus
Sur le terrain, l’embouteillage se ressent. Nathalie, Villeneuvoise depuis 58 ans, soupire : « On ne sait plus pour qui voter. Trop de choix tue le choix. On vote pour celui qui a le plus de charisme. Et c’est ce qui est dangereux. » Ariyan, 22 ans, tranche lui par l’étiquette : il votera LFI, et exclut le PS en raison de « l’alliance avec la macronie ». Une ville qui pourrait basculer non pas faute d’électeurs, mais faute d’union. À Villeneuve-d’Ascq, le vrai adversaire de la gauche, c’est peut-être elle-même.