Elles sont plus nombreuses sur les listes, mais toujours minoritaires à la tête des communes. Entre doutes, violences et détermination, des femmes candidates aux municipales et engagées en politique ont accepté de livrer leur témoignage pour Contrepoint.
« Est-ce, que je serais légitime ? »
Stéphanie Lefoulon, adjointe au maire de Mayenne, connaît bien les doutes qui peuvent accompagner les femmes dans leurs mandats. Elle organise d’ailleurs régulièrement des accompagnements et des formations auprès de femmes afin qu’elles prennent conscience de leur légitimité. Elle est également membre du réseau national transpartisan « Élues locales », qui vise à soutenir et valoriser l’engagement des femmes en politique. « Qu’est-ce que je vais pouvoir apporter, est ce que je serais légitime, est-ce que j’aurai le temps de gérer ma vie perso ? ». Ce sont les interrogations qu’elle entend le plus. Elle-même élève seule ses trois enfants et travaille à côté de son mandat. « Ce rythme et cette organisation me demande beaucoup d’énergie. » Pour elle comme pour bien d’autres, l’égalité homme/femme a servi de déclencheur, comme nous le confirme Séverine Gayaud, candidate à l’élection municipale de Saint Père en Retz. « Au niveau des élections municipales sans cette obligation de parité je ne me serai pas sentie légitime », confie-t-elle. Elle explique aussi que la construction d’une liste municipale commence souvent bien en amont de l’élection, parfois plus d’un an à l’avance, avec un travail de terrain pour identifier des habitants prêts à s’engager. « On essaie d’avoir une représentation la plus proche possible de la population : des jeunes, différentes catégories socio-professionnelles, et bien sûr un équilibre entre femmes et hommes », précise-t-elle.

Des violences bien réelles
La violence politique existe pour tous les candidats, mais pour les femmes, elle prend souvent une autre dimension. Théa Fourdrinier, candidate à la mairie du 8e arrondissement de Paris, en a fait l’expérience. « J’ai reçu un appel au viol pendant les dernières législatives. » Plus récemment, lors d’un tractage place de Clichy, elle raconte avoir été saisie par un homme qui s’est présenté comme le fils de la maire actuelle, elle a depuis porté plainte. « On subit souvent des violences sexistes, on est très souvent renvoyées au fait qu’on soit une femme. » Loin de l’arrêter, ces attaques ont renforcé sa détermination : « Plutôt que d’avoir peur, ça m’a poussée dans ma volonté de changer les mentalités. » Stéphanie Lefoulon évoque elle aussi un épisode marquant : « Une fois lors d’un Conseil municipal j’ai dit bonjour, et j’ai eu une réflexion sur ma poitrine dans la salle du conseil devant tout le monde, je trouve ça choquant que le corps des femmes reste parfois un terrain de commentaire, et surtout dans l’enceinte républicaine. » Selon elle, ces situations ne sont pas isolées : « Beaucoup de femmes racontent qu’on les coupe plus facilement dans les réunions ou qu’on remet davantage en question leur expertise, notamment sur les sujets techniques. »

Et après ?
Si la parité sur les listes est désormais acquise, la prochaine étape reste floue. « Il faudrait mettre en place une parité à l’assemblée nationale, au sénat et chez les maires et président de communauté de communes », avance Stéphanie Lefoulon. Pour Théa Fourdrinier, l’enjeu dépasse les chiffres : « Pour la prochaine étape, on doit parvenir à avoir les mêmes statuts que les hommes et pour le moment on y est pas du tout. » Malgré ces obstacles, elle reste optimiste : « Si je m’engage en politique, c’est parce que je crois que les choses peuvent changer. Les avancées existent, même si elles sont encore trop lentes. » Pleine d’espoir, dans ses publications sur ses réseaux sociaux, elle cite souvent Simone de Beauvoir : « Une femme qui n’a pas peur des hommes leur fait peur ». Une phrase qu’elle revendique. « Je trouve ça fort car en politique il y a beaucoup de rapports de force, je pense qu’il faut que collectivement on ne subisse plus la peur. »