Tracts et affiches : la campagne papier à l’épreuve du XXIe siècle

Ils s’invitent dans nos mains, nos sacs, nos quartiers : tracts froissés, affiches colorées, documents soi­gneu­se­ment imprimés ou jetés à la volée. À l’heure des réseaux sociaux et de la sobriété éco­lo­gique, quel sens a encore la campagne papier ?

Chez Nord’Imprim, à Steenvoorde, les rotatives tournent depuis l’aube. L’odeur de l’encre et du papier neuf est ponctuée par le frois­se­ment des feuilles qui s’empilent et défilent sous les machines. Cette période élec­to­rale repré­sente près de 300 tonnes de papier, com­man­dées par près de 200 candidats pour leurs pro­grammes, pro­fes­sions de foi et affiches. Vanessa Cuer Delassus, res­pon­sable qualité de l’entreprise, souligne avec convic­tion : « Quand on reçoit un papier dans sa boîte aux lettres, c’est impactant. »

Le papier, encom­brant ou utile ?

Sa boîte aux lettres, Claire ne la veut plus remplie. « J’ai mis un sticker ‘Pas de publicité’ sur ma boîte aux lettres il y a des mois. Et pourtant, je continue de recevoir des tracts élec­to­raux. » Assise sur le rebord d’un étal de fruits, son bébé dans les bras, la jeune femme de 34 ans observe le ballet de militants qui circule autour d’elle. Sous le ciel gris du marché de Wazemmes, l’équipe de Violette Spillebout, candidate Renaissance, distribue des tracts aux passants. « Franchement, je ne comprends pas l’intérêt ! On peut très bien ren­con­trer les candidats, discuter, poser des questions, sans papier. », souffle Claire. 

Josie, 68 ans, cabas au bras, s’arrête à son tour lorsqu’on lui tend le même document. « Merci, je vais le lire tran­quille­ment chez moi. » Elle le regarde quelques secondes, le plie soi­gneu­se­ment, et le glisse dans son sac entre le céleri et le pain. Pour elle, le papier reste un support concret : « On peut comparer les pro­po­si­tions, surligner… ça a du sens. »

Une jeunesse (dé)matérialisée

Le besoin de toucher du concret ne concerne pas que les personnes âgées. Devant les grilles de l’Université Catholique de Lille, les étudiants sortent par grappes, téléphone à la main. À quelques mètres, deux bénévoles tendent des tracts au nom de Louis Delemer. « Plusieurs étudiants se sont joints à nous grâce au tractage ! » Amel, 21 ans, pourrait bien faire partie des convain­cus : « C’est l’occasion de ren­con­trer la personne. Quand on me le donne en main propre, ça humanise la campagne. Ça change de TikTok ! »

De son côté, Clara ralentit à peine pour attraper la feuille qu’on lui tend. « Merci », lâche-​t-​elle dans un sourire rapide, déjà tournée vers sa conver­sa­tion. Dix mètres plus loin, elle chiffonne le tract. « Franchement, je ne vais pas le lire. » Il finit dans la première poubelle du campus. Manon, elle, éclate de rire en fouillant dans son sac. « Attends, ça me fait penser… » Elle en sort un autre tract, froissé, aux coins écornés. « Celui-​là, je l’avais pris il y a peut-​être trois semaines. »

Hermann arpente les allées de la Citadelle, tracts à la main. © Léa Mosco

Entre ancrage local et impératif écologique

La Citadelle de Lille s’illumine sous les prémisses du printemps. Hermann Lugan, 47 ans, parcourt la pelouse avec un sourire engageant, dis­tri­buant les tracts de Lille Demain, liste portée par Stéphane Baly. Les passants acceptent poliment les feuilles. Quelques-​unes finissent dans les buissons. À quelques rues de là, Marc, agent de propreté, pousse son chariot entre les pavés. Il s’accroupit pour ramasser un tract légè­re­ment humidifié par la rosée, et soupire : « Le papier en soi n’est pas un problème. Le vrai souci, c’est lorsqu’il finit n’importe où. »

Selon Cassian Duvolet, expert en com­mu­ni­ca­tion élec­to­rale, réduire le débat à une oppo­si­tion entre papier et numérique serait trop simple. « Le tract remplit encore une fonction stra­té­gique : il maté­ria­lise la can­di­da­ture, inscrit un nom dans l’espace physique, là où les réseaux sociaux frag­mentent l’attention. » Mais son effi­ca­cité dépend désormais du ciblage et du contexte. Distribué sans dis­cer­ne­ment, il devient « bruit visuel et déchet potentiel » ; intégré à une stratégie cohérente, il peut renforcer la mémo­ri­sa­tion et cré­di­bi­li­ser la démarche. « À l’ère de la sobriété éco­lo­gique, conclut-​il, la question n’est pas tant celle de l’existence du papier que celle de son usage mesuré et intel­li­gent. »

Parité aux muni­ci­pales, la loi change les listes, pas toujours le pouvoir

La parité obligatoire modifie la composition des listes municipales,...

Candidates, mais encore en conquête de légitimité.

Elles sont plus nombreuses sur les listes, mais toujours...

Quartiers popu­laires : les raisons d’une abstention

À mesure que les municipales approchent à Lille, une...

Contrepoint n°43

Parité aux muni­ci­pales, la loi change les listes, pas toujours le pouvoir

La parité obligatoire modifie la composition des listes municipales, mais son impact varie selon la taille  des communes. Dans les petites villes, elle s’applique...

Candidates, mais encore en conquête de légitimité.

Elles sont plus nombreuses sur les listes, mais toujours minoritaires à la tête des communes. Entre doutes, violences et détermination, des femmes candidates aux...

Après la mort de Khamenei, l’espoir d’un Iran libre ?

Samedi 28 février, Ali Khamenei, guide suprême de l’Iran depuis 36 ans, a été tué lors de frappes conjointes menées par Israël et les...