Ça y est, il est chevalier : le dernier crieur de journaux de Paris mis à l’honneur

Le 28 janvier 2026, au cœur de la somp­tueuse salle des fêtes de l’Élysée, s’est déroulée une cérémonie où le président de la République, Emmanuel Macron, a remis les insignes de chevalier de l’Ordre national du Mérite à Ali Akbar, figure emblé­ma­tique et dernier crieur de journaux encore en activité à Paris.

Une voix portée jusqu’à l’Élysée

Né en 1954 à Rawalpindi, au Pakistan, Ali Akbar a connu une enfance marquée par la pauvreté. Contraint d’abandonner l’école, il est exposé très tôt au travail forcé, et parfois même à la violence. La vie aurait pu être autrement, mais ce dernier s’est accroché à cet espoir en l’ailleurs qui forge, bien souvent, les tra­jec­toires migratoires.

C’est au début des années 1970, après un long périple depuis son pays natal, qu’il arrive en France, pays où il se réinvente un futur. Plutôt que de s’inscrire dans des voies tra­di­tion­nelles, il rencontre par hasard Georges Bernier, humoriste et cofon­da­teur du célèbre heb­do­ma­daire satirique Hara-​Kiri, qui lui propose d’entrer dans le monde de la vente de journaux à la criée.

À l’époque, ils étaient encore une qua­ran­taine de vendeurs de journaux dans les rues de Paris. Or, aujourd’hui, Ali Akbar est considéré comme le dernier de cette pro­fes­sion dans la capitale et sans doute l’un des derniers en France.

La criée refuse de se taire

Le style d’Ali Akbar n’a jamais été ordinaire : plutôt que de se limiter à des annonces basiques, il crée des titres fictifs et humo­ris­tiques pour capter l’at­ten­tion, tous com­men­çant par son célèbre « Ça y est…! ».

Par exemple, il s’enthousiasmait autrefois en criant « Ça y est… Bernard Tapie est de retour ! », déclen­chant parfois des réactions vives dans la rue.

Dans les années 1980 et 1990, il était capable de vendre jusqu’à 300 exem­plaires par jour mais, aujourd’hui, confronté à l’essor du numérique et à la dimi­nu­tion des tirages papier, ce chiffre est tombé à une trentaine. Toutefois, rien n’a pu entacher sa passion : il crie ses titres, interagit avec les clients des cafés parisiens et incarne, pour beaucoup, la mémoire vivante du Paris d’antan.

Les che­va­liers ne portent pas toujours d’armure

Lors de la cérémonie à l’Élysée, l’ambiance dans la salle était à la fois solen­nelle et cha­leu­reuse. Ali Akbar a été honoré de l’une des plus pres­ti­gieuses dis­tinc­tions civiles fran­çaises, entouré de ses proches, de ses amis et de figures du domaine culturel.

« Vous êtes l’accent du VIe arron­dis­se­ment, la voix de la presse française », a souligné le président Macron dans son discours, saluant l’énergie, la fidélité à une tradition et la constance avec les­quelles Ali Akbar arpente, depuis des décennies, les rues de Saint-Germain-des-Prés.

Malgré le protocole, Ali Akbar a su garder son humour. Très ému, il a déclaré, dans un français teinté de malice : « Ça y est, je suis chevalier, j’ai réussi ! », suscitant des sourires dans l’assemblée.

Pour Emmanuel Macron, la figure d’Ali Akbar est surtout celle d’une inté­gra­tion réussie, un modèle d’ouverture et de diversité qui « rend notre pays plus fort et plus fier ».

Vendre des journaux pour fabriquer du lien

Aujourd’hui âgé de 73 ans, Ali Akbar poursuit sa routine, partant chaque jour de son domicile en banlieue pour gagner son point de vente à Saint-​Germain-​des-​Prés, où il vend avec la même énergie ces journaux. Même avec une pension modeste, il poursuit cette activité qu’il aime, déclarant qu’il ne compte pas rac­cro­cher : « Je vais continuer, amuser les gens et leur apporter des nouvelles avec humour ».

Alors qu’Ali Akbar espère toujours obtenir la natio­na­lité française, ce titre de chevalier pourrait bien être un pas décisif vers cet objectif.

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