Siavosh Ghazi, l’exception qui ques­tionne la règle

Celui qui ne possédait pas de page Wikipédia à son nom le mois dernier, a aujourd’hui un visage bien connu des Français. Présent sur toutes les chaînes d’infos, de la radio à la télé­vi­sion, il est le seul jour­na­liste français à couvrir l’actualité depuis l’Iran. Siavosh Ghazi, 64 ans, est cor­res­pon­dant pour RFI et France 24. Il réside à Téhéran et enchaîne les inter­ven­tions afin d’informer au mieux sur les évo­lu­tions de la guerre au Moyen-Orient.

Malgré la fatigue, les bom­bar­de­ments israélo-​américains et la sur­veillance iranienne des médias, il continue à exercer son métier de manière remar­quable, couvrant la vie quo­ti­dienne des Iraniens avec justesse et courage. Sa position extra­or­di­naire invite à réfléchir sur la nécessité pour les rédac­tions de conserver des cor­res­pon­dants à l’international, à l’heure où de grands médias choi­sissent de faire des économies sur leurs bureaux à l’étranger.

Alors qu’il venait de célébrer son anni­ver­saire à Téhéran, M. Ghazi a vécu en direct les premières frappes aériennes israélo-​américaines du 28 février 2026. Immédiatement, il alerte ses deux rédac­tions offi­cielles, RFI (depuis 1998) et France 24. Malgré une mul­ti­pli­ca­tion de ses appa­ri­tions dans les médias en France, en Belgique et même au Canada, le jour­na­liste reste « fidèle » : « Ma priorité reste pour France 24 et RFI, […] ils m’ont toujours soutenu dans mon travail et dans cette situation difficile. Les autres viennent ensuite. » C’est donc chez eux qu’il annonce en premier le déclen­che­ment de la guerre.

« Plus de 80 directs par jour »

Mais à le voir le soir sur France 24 pour commenter des incendies en péri­phé­rie de la ville, puis en direct sur France Inter en train de décrire le réveil des Iraniens dans un nuage de fumée toxique, avant d’apparaître en duplex sur LCI à midi, on se demande comment il tient le rythme. Sollicité par l’AFP, BFM, Radio-​Canada ou la RTS suisse, il maintient toujours un visage calme et concentré. Sa recette miracle ? Siavosh Ghazi explique essayer de dormir « au moins 4 heures par nuit » et commencer sa journée avec « deux cachets de vitamine C ». Il est fort possible que l’adrénaline ait aussi un rôle à jouer. « J’ai pu faire jusqu’à plus de 80 directs par jour. C’est le maximum que je peux faire, après c’est trop ».

Face à la guerre, et à la répression

Le reporter a une longue carrière derrière lui et une expé­rience qui lui est utile aujourd’hui. Face à la répres­sion intense des médias en Iran, il a ses stra­té­gies. Pas question de sortir sans sa carte de presse et son document signé du ministère français de la Culture. Sur ce papier, censé le protéger lors des contrôles réguliers, est inscrit son droit à tra­vailler « dans la ville de Téhéran ». Car en plus d’un renou­vel­le­ment annuel, il doit faire une demande spé­ci­fique pour tout reportage à l’extérieur de la province. Alors que l’Iran est 176e du clas­se­ment RSF (sur 180 pays) sur la liberté de la presse, il choisit toujours ses mots avec pré­cau­tion. « Il n’y a aucun contrôle de ce que je peux dire en direct, mais il peut y avoir un contrôle à pos­te­riori. J’ai l’habitude de savoir choisir mes mots pour faire passer le message sans que l’on puisse me le reprocher ». Comme en témoignent les jour­na­listes de RFI, aucun ne lui demande d’exprimer d’avis sur les sujets tendus. Il reste ainsi d’une irré­pro­chable neu­tra­lité et se contente de citer les décla­ra­tions offi­cielles, sans les commenter. Cependant, il couvre volon­tai­re­ment les mou­ve­ments de contes­ta­tion afin de porter leur voix à l’international. En 2021, il filmait par exemple le mouvement Femme, Vie, Liberté lorsqu’il a été arrêté et placé en isolement pendant 24 heures, malgré son auto­ri­sa­tion offi­cielle. Aujourd’hui, Siavosh Ghazi s’expose à des risques plus grands encore. Même s’il reste dans son appar­te­ment au nord de Téhéran en cas de risque de bom­bar­de­ments, il ne dispose pas d’abri sou­ter­rain et va même sur le toit de son immeuble pour suivre au mieux la situation. « De là, je domine toute la ville », dit-​il en montrant la direction des dernières frappes tombées.

L’importance d’un correspondant

Par sa cou­ver­ture en direct depuis l’intérieur même d’une ville bombardée, le jour­na­liste permet à lui seul de maintenir une infor­ma­tion de qualité. Il décrit les files d’attente devant les stations essence, les cris de joie ou de détresse après la mort de l’Ayatollah, ou encore l’atmosphère étrange liée aux sept jours fériés imposés par le gou­ver­ne­ment, à quelques semaines du Nouvel An iranien. Ses témoi­gnages sont per­cu­tants, et bien dif­fé­rents de l’analyse froide des chiffres et des décla­ra­tions offi­cielles. Depuis des années, il raconte la vie en Iran et témoigne d’enjeux poli­tiques, sociaux, et éco­no­miques. Alors que le Washington Post rappelait début février tous ses cor­res­pon­dants au Moyen-​Orient, et que la plus grande chaîne de télé­vi­sion française supprime ses bureaux à l’étranger, Siavosh Ghazi joue un rôle essentiel dans la cou­ver­ture de ce conflit, dans une position difficile qui interroge sur les décisions des grands médias concer­nant l’international.

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