Antoine répare l’usure du temps dans son atelier à Lambersart

Dans leur atelier à Lambersart, Antoine et Cassandre redonnent vie aux tableaux et statues que le temps n’a pas épargnés. Contrepoint est parti peindre le décor d’un res­tau­ra­teur d’œuvres d’art et tirer le portrait d’un pro­fes­sion­nel libre et inspirant.

C’est dans son petit atelier en dessous de chez lui qu’Antoine Bonhomme s’adonne à réparer les cica­trices et déchi­rures. Mais détrompez-​vous, Antoine n’est pas chi­rur­gien mais bel et bien res­tau­ra­teur d’œuvres d’art. Entre pots de colle et pinceaux, une légère odeur de vernis émane de la pièce, et au milieu de son petit bazar organisé, le res­tau­ra­teur d’œuvres d’art de 32 ans s’attèle à redonner une seconde vie à un tableau du XVIIe siècle. Par des gestes précis et minutieux, il décrasse puis applique mastic et vernis à cette toile repré­sen­tant hommes et animaux.

Sa voie n’était pas toute tracée. Poussé par sa mère à devenir médecin, Antoine se tourne fina­le­ment très tôt vers l’art. Fort de ses solides com­pé­tences en chimie, il décroche sa licence d’Histoire de l’Art puis enchaîne avec un master de Recherche-​Conservation. Mais le monde de l’art est dur et la com­pé­ti­tion y règne en maître. Malgré une forte demande, trop peu d’écoles offrent des débouchés. Antoine enchaîne les concours sélectifs d’entrée mais est confronté à plusieurs refus. Entre petits boulots ali­men­taires et ras-​le-​bol scolaire, Antoine a pu compter sur sa famille et son entourage pour le pousser à aller au bout de son rêve. Un parcours semé d’embûches pour le jeune homme qui n’avait en tête qu’une chose : devenir res­tau­ra­teur d’art et être libre. Il suit ensuite une formation diplô­mante de Restauration-​Conservation de tableau et d’objet d’art poly­chromes à Paris. C’est là-​bas qu’il rencontre Cassandre, avec qui il s’installera plus tard dans la vie comme dans l’atelier. Ensemble, ils ont repris l’affaire de l’Atelier RestArt il y a tout juste un an.

La sagesse du temps et du cœur

Un brin scien­ti­fique dans l’âme, Antoine est un homme qui compte sur l’expérimentation pour apprendre. La res­tau­ra­tion d’un tableau est avant tout un calcul. Anticiper chaque mouvement, chaque action, chaque consé­quence pour obtenir le résultat escompté. Cet aspect quelque peu pro­to­co­laire n’est pas sans rappeler un art très (ou trop) aca­dé­mique, mais Antoine a su depuis longtemps sortir du cadre. Par son travail, Antoine a à cœur de préserver les objets et de trans­mettre leurs histoires. « C’est très naturel pour moi mais on oublie souvent qu’un tableau c’est un objet entier et que c’est bien plus qu’une simple image » souligne-​t-​il. Ce qu’il cherche lui, c’est avant tout de perpétuer le souvenir des objets de chacun.

Antoine Bonhomme, res­tau­ra­teur d’œuvres d’art passionné © Arthur Hugelé

« Ma moti­va­tion c’est de voir sur le visage de mes clients leur sourire lorsque l’on refait vivre des tableaux hérités de parents ou grands-​parents » explique Antoine, un sourire aux lèvres, satisfait d’avoir rempli sa mission. « Ce qui me motive c’est de faire sourire les gens, qui pourront eux aussi faire perdurer et trans­mettre à leurs enfants et petits-​enfants et les histoires qui entourent ces objets » ajoute-​t-​il. Antoine a vite compris l’importance de sau­ve­gar­der les œuvres. À travers ses expé­riences et son art, il a trouvé un but. « L’art et la peinture m’ont aidé à com­prendre des choses sur moi et à grandir » confie-​t-​il.

N’ayant pas toujours embrassé la sérénité qu’il connaît aujourd’hui, Antoine a su tirer les leçons que son passé lui a enseigné. « Quand tu ne le sens pas, il ne faut pas le faire » explique-​t-​il, sa volonté étant avant tout de rester maître de ses choix et d’écouter son cœur. Pour Antoine, « se forcer c’est se frustrer, risquer de faire des erreurs et perdre le plaisir », qu’il estime comme « par­ti­cu­liè­re­ment important dans ce métier ». Une sagesse conférée par l’expérience d’un homme qui obéit à la loi du cœur et de la passion.

« Au quotidien, je dois faire preuve de pédagogie pour faire com­prendre aux clients les raisons et les dessous de l’intervention » explique Antoine. Le res­tau­ra­teur mise sur la trans­pa­rence, estimant qu’il est « important d’expliquer [au client] les raisons et les risques encourus à l’avenir si le tableau ne subit pas de res­tau­ra­tion ».

En communion avec son art

Le travail d’Antoine est la rencontre entre l’artiste en quête de plénitude et l’œuvre blessée qui ne souhaite que de guérir. Comme dans un tango, Antoine doit percevoir l’essence du tableau à réparer et entrer en alchimie avec lui. « J’arrive à m’évader » confie-​t-​il, les yeux pleins de passion. « C’est un dialogue avec le tableau. Le tableau m’impose ce que je dois faire donc je dois l’étudier et le com­prendre cor­rec­te­ment pour que je puisse proposer une bonne res­tau­ra­tion » explique Antoine. Lorsqu’il en parle, Antoine avoue que son métier lui offre une sensation grisante qui lui permet de se vider la tête et de s’évader. C’est parce que son métier lui confère une certaine liberté que son atelier respire un climat d’apaisement. Et c’est dans cette liberté qu’Antoine s’adonne à réparer l’usure du temps. « Je suis libre dans les décisions que je prends mais je suis contraints par les pro­blé­ma­tiques du tableau » précise Antoine. Pour ce dernier, son métier est une idée d’équilibre. « Je suis pris dans ce que je suis en train de faire et au final je finis par m’oublier pour la pérennité de l’objet » ajoute-​t-​il. Esprit libre, Antoine veille à trans­mettre savoir-​faire et passion en peignant, tous les jours un peu plus, la toile de la sagesse et des souvenirs.

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