Lille se dirige vers un second tour décisif où le Parti socialiste, renforcé par un accord avec EELV, espère contenir la poussée de La France insoumise dans une quadrangulaire à haut risque. Une alliance qui va laisser des traces…
Arrivé en tête avec un peu plus de 26,26% des voix, le maire sortant socialiste Arnaud Deslandes devance de peu la candidate LFI Lahouaria Addouche, créditée d’environ 23,36%. L’écologiste Stéphane Baly termine troisième avec près de 18% des suffrages, confirmant un socle solide mais en recul par rapport à la dynamique de 2020. Derrière ce trio de gauche, la députée Renaissance Violette Spillebout (11,14%) et le candidat RN Matthieu Valet (10,92%) complètent le tableau d’un premier tour où la gauche, prise globalement, demeure majoritaire mais plus divisée qu’autrefois. Ce paysage fragmenté a immédiatement placé les écologistes en position d’arbitre pour le second tour.
De la déception verte à l’alliance avec le PS
Longtemps courtisés par LFI comme par le PS, les écologistes ont finalement tranché : Stéphane Baly a annoncé la fusion de sa liste avec celle d’Arnaud Deslandes en vue du second tour. Cette décision met fin à plusieurs heures de tractations, menées en parallèle avec les deux autres forces de gauche, comme l’avait confirmé Marine Tondelier en évoquant « deux équipes de négociation » distinctes.
Le choix de rejoindre le maire sortant consacre une stratégie de « rassemblement à gauche » portée par le PS, qui insiste sur les « nombreuses convergences » programmatiques avec EELV, notamment sur la transition écologique, les transports en commun et les services publics de proximité. Pour les socialistes, il s’agit de démontrer que l’écologie peut s’inscrire dans une logique de gestion municipale « stable et crédible ». Pour Baly et les siens, l’enjeu est d’arracher des engagements concrets : plan vélo renforcé, végétalisation, rénovation énergétique des écoles et logements sociaux. Il enterre aussi l’hypothèse d’un attelage LFI‑EELV qui aurait pu bouleverser l’équilibre des forces à Lille et replacer les insoumis au centre du jeu. Sur la place de la République, Claire, 32 ans, infirmière à l’hôpital Saint‑Vincent, accueille cet accord avec prudence : « Je suis contente que la gauche ne parte pas en ordre dispersé, mais j’ai peur que les urgences sociales passent au second plan. LFI parlait plus clairement de nos salaires, de nos plannings, de l’hôpital. Si le PS et les verts veulent mon vote, il va falloir qu’ils se mouillent sur ces questions, pas seulement sur les pistes cyclables. »
LFI isolée mais galvanisée
Pour LFI, la perspective d’un second tour avec les écologistes s’éloigne alors même que les insoumis espéraient bâtir une alternative au PS à partir de leur percée du premier tour. Lahouaria Addouche avait pourtant dit sur BFM Lille que « les négociations avançaient bien », et le député Aurélien Le Coq évoquait un accord programmatique déjà largement bouclé. La décision de Stéphane Baly change la donne : LFI se retrouve face à un bloc PS‑EELV et devra capitaliser seule sur sa dynamique militante et son ancrage dans les quartiers populaires. Les insoumis misent sur un discours d’authenticité et de clarification : eux se présentent comme la seule force capable de rompre avec « trente ans de gestion socialiste » et d’entendre la colère sociale qui s’exprime sur le terrain. Dans les couloirs de l’université, des étudiants regrettent ce qui ressemble, à leurs yeux, à « une occasion manquée de tourner vraiment la page du PS », quand d’autres redoutent qu’une trop forte division ne finisse par lasser un électorat déjà abstentionniste.
Un accord qui peut laisser des traces
Cette décision ne s’est toutefois pas faite sans remous en interne. Opposé à ce rapprochement, l’écologiste Simon Jamelin, troisième sur la liste de premier tour, s’est retiré, entraînant également le retrait de sa liste à Hellemmes. En toile de fond, une fracture plus large : selon plusieurs sources internes, une courte majorité de militants écologistes s’était prononcée en faveur d’une alliance avec LFI. Les Jeunes écologistes du Nord – Pas-de-Calais ont même annoncé se « désolidariser » de la stratégie de Stéphane Baly, dénonçant un manque de démocratie interne. En privé, certains cadres du parti reconnaissent un malaise : « On a une tête de liste qui a fait un choix », glisse l’un d’eux, évoquant un vote interne qui n’aurait pas été respecté, tout en espérant que cette stratégie s’avérera payante.