« Le dimanche, quand j’ouvre la poubelle pour vider les restes, ma culpabilité me pèse sur l’estomac », confie Joële, 57 ans. Pour elle, la fin de la semaine est souvent synonyme de gaspillage alimentaire : tout ce qui n’a pas été consommé finit à la poubelle. Une situation loin d’être isolée. En 2024, les services statistiques du ministère de la Transition écologique ont mis en lumière l’ampleur du phénomène. Chaque année, un Français jette en moyenne 62 kilogrammes d’aliments comestibles. Face à ce constat, comment les Lillois tentent-ils de limiter le gaspillage au quotidien ?
La fable de la liste et du congélateur
Au moment de faire les courses, deux profils semblent se distinguer. D’un côté, ceux qui connaissent par cœur le contenu de leur réfrigérateur ; de l’autre, ceux qui préfèrent tout noter sur un bout de papier ou dans leur téléphone. Pour Jean-Baptiste, 32 ans, l’organisation est devenue un réflexe. « Je fais l’inventaire avant même de chercher à savoir ce dont j’ai besoin. Comme ça, pas d’achats inutiles », explique-t-il.
Une méthode qui semble porter ses fruits : Jean-Baptiste affirme jeter très rarement de la nourriture en fin de semaine. Pourtant, même les courses les mieux préparées ne suffisent pas toujours à éviter les pertes. Son principal écueil ? Les quantités. « Je prévois trop, j’en fais beaucoup et je ne finis pas toujours quand je me lasse », reconnaît-il, en repensant à son gratin de courgettes pour huit personnes.
Pour Marlène, 67 ans, qui a travaillé pendant 32 ans comme cuisinière de cantine, la solution est toute trouvée. « La meilleure façon de ne pas se lasser, c’est de congeler. Comme ça, on y revient quand l’envie nous prend. » Elle planifie ses courses, cuisine des portions individuelles et les congèle systématiquement. Une organisation bien rodée qui lui permet, assure-t-elle, de ne rien jeter.
Le pouvoir de la transformation
Mais même avec une bonne organisation, certains aliments échappent à la vigilance. « Il y a toujours au moins un légume qui atterrit dans le compost », regrette Giles, 45 ans. Pourtant, il prend des notes, planifie ses repas pour la semaine et veille à bien conserver ses aliments. Malgré ces précautions, il arrive qu’un légume finisse par flétrir au fond du réfrigérateur. Une difficulté qui rappelle que le gaspillage ne dépend pas uniquement de la préparation des courses.
Pour y remédier, certains misent sur une autre approche : donner une seconde vie aux aliments avant qu’ils ne deviennent impropres à la consommation. Sarah, 36 ans, mère de trois enfants, en a fait une habitude. Chez elle, les légumes délaissés se transforment en soupe. « Je transforme tout en soupe. Même quand ils sont laids, les légumes se mangent », explique-t-elle. Une façon de valoriser les aliments qui ne séduisent plus au premier regard, même si certains, comme le brocoli, résistent encore à toutes ses tentatives.
Entre les listes de courses de Jean-Baptiste, le congélateur de Marlène, les légumes oubliés de Giles et les soupes de Sarah, chacun a sa technique pour limiter les dégâts. Même Joële, rongée par la culpabilité devant sa poubelle du dimanche, sait que les bonnes intentions ne suffisent pas toujours. Car malgré toutes ces astuces, il reste parfois un brocoli récalcitrant, un gratin pour huit ou une courgette oubliée au fond du frigo. Finalement, le défi de l’anti-gaspi n’est peut-être pas de ne plus rien jeter, mais d’éviter que le contenu du réfrigérateur ne finisse par nous échapper complètement.