De la piste de danse à la rame de métro, le point commun des Parisiens, c’est l’élégance. La ville accueille près de 400 défilés par an, à quoi s’ajoute le ballet incessant des talons sur les pavés une fois la nuit tombée. À Paris, sortir impose-t-il une tenue vestimentaire spécifique ?
Nous sommes allés au Moulin rouge, jusqu’à la très chic place de Clichy et avons interrogés les Parisiens et les Parisiennes.
Quartier Pigalle : Angèle la Marseillaise se met sur son 31
Avant même de rejoindre la fête, la soirée d’Angèle a commencé dans sa salle de bain. Poudre libre, fard à paupières bleu nuit, cheveux plaqués à la laque : « J’ai fait un effort, parce que c’est Paris ! » lance-t-elle. Souvent vêtue d’un simple jogging, la jeune Marseillaise a pris le temps de revêtir ses plus belles pièces pour sa première sortie au Moulin Rouge. « Évidemment que mon sac est un vrai Louis Vuitton, c’était un cadeau pour mon anniversaire ! » se défend-elle. Accessoire majeur, il complète une tenue aux couleurs sombres : bottes hautes en cuir noir, collants fins, robe courte à volants et veste en fourrure noir brillant. « Je me sens fraiche comme ça, je vais faire des photos pour Instagram ! » lance-t-elle en partant vers la piste de danse. Dans le quartier la foule est dense et les langues se mêlent, l’anglais et l’espagnol résonne au milieu des verres qui trinquent.

Place de Clichy, des amis se retrouvent
À deux pas de là, les bars ferment leurs portes à deux heures, et les fêtards sont peu à peu conduits vers la sortie. « À nos retrouvailles ! » s’exclament trois amis français, réunis à Paris depuis la veille. « Je travaille à Malaga, là-bas, les vêtements, c’est un peu secondaire », glisse Elisa, qui a pour l’occasion accessoirisé sa tenue de grosses créoles en or. Mathis, natif de Biarritz, s’en amuse : « C’est vrai qu’ici, il faut faire attention. Alors que chez moi je suis déjà rentré en boîte de nuit avec des claquettes. » Il ajoute, en souriant : « quant à ma moustache, je fais un peu plus parisien. » Maya, qui habite à Lisbonne, reste en retrait des débats, mais c’est sans doute elle la plus chic. Pour ce soir, elle s’est parée d’une petite robe noire. « Quand on se retrouve ici, j’aime bien m’apprêter élégamment, je trouve que les gens s’habillent bien et je n’ai pas envie de faire tâche. »
Une ambiance plus feutrée aux Champs-Élysées
Vers 4 heures du matin, l’avenue des Champs-Élysées résonne d’un écho plus creux. Les lumières des vitrines et des clubs se reflètent sur le bitume, tandis que la musique de la boîte du Duplex s’échappe et devient rapidement entêtante. Une bande de copains se fait recaler à l’entrée. Leurs maillots du Paris Saint-Germain, trop décontractés pour une nuit de Ligue des champions, ne passent pas. Ils rient, râlent, commentent, mais la frustration flotte dans l’air.

William, l’élégance comme devise
Un peu plus loin, William, jeune entrepreneur, sort avec sa compagne d’une soirée parisienne. Pour lui, le choix des vêtements dépasse la simple apparence : « C’est extrêmement important. On peut rencontrer un client à tout moment, et les vêtements influencent les opportunités et les liens. » À trente ans passés, le Parisien s’habille souvent en costume et accorde beaucoup d’importance à son look. Ce soir-là, il est vêtu d’un ensemble noir et d’un pull en maille noire. La vie nocturne, à Paris, n’est pas seulement faite de lumière et de musique. Elle est aussi un miroir de la société, un espace où les codes invisibles dictent qui entre et qui reste dehors.