Au lendemain de la mort par balle d’un homme de 22 ans dans un bar de Roubaix, l’émotion laisse place à l’inquiétude. La piste d’un règlement de compte a vite été évoqué. Pour les forces de l’ordre, difficile de prévenir des violences dont les protagonistes et les circonstances restent souvent méconnues. Chez les commerçants et les habitants, le fait divers ravive un sentiment d’insécurité déjà présent.
Mardi 29 septembre, 16h30. Le Coffee Time avenue Julien Lagache a connu un drame sans précédent. Un homme a été froidement exécuté au beau milieu de l’établissement. De quoi relancer les tensions dans le quartier liées à l’insécurité : « On essaie de rester le plus vigilant possible pour éviter que ça arrive. » Au lendemain d’un tragique événement, les forces de l’ordre reconnaissent les limites de leur action. « On essaie de patrouiller au maximum mais on peut pas avoir des yeux partout », explique un agent du commissariat central. Et lorsqu’il s’agit de règlements de comptes, la prévention est d’autant plus difficile : « On n’a pas la maîtrise sur ces crimes, c’est trop imprévisible pour être anticipé. »
Un constat qui résonne chez certains commerçants de la ville. Patron d’un bar-tabac depuis onze ans, Julien, 45 ans, dit travailler quotidiennement dans une ambiance particulière. « On a quelques fois des clients qui sont instables, en proie à des addictions, que ce soit la clope ou l’alcool. Ça arrive qu’on ait des clients agressifs, voire menaçants. »
La fusillade pourrait renforcer sa vigilance. « Ça va augmenter notre parano », reconnaît-il. Au point de réfléchir à renforcer la sécurité de son établissement. Ses caméras ne fonctionnent plus depuis longtemps, mais il envisage désormais d’en installer de nouvelles.
Une population inquiète
Chez les habitants aussi, l’inquiétude se fait entendre. Ahmed, 71 ans, vit à Roubaix depuis sept ans. Après avoir appris le meurtre, il confie avoir désormais « peur de se faire tuer en allant chercher des clopes ou du pain ». Il affirme que son épouse sort principalement en voiture et estime que la ville est moins calme que Tourcoing, là où le couple habitait précédemment. Sarah, 22 ans dit pour sa part avoir déjà peur de marcher seule. « J’avais déjà peur de marcher toute seule alors là, je vous le dis même pas », témoigne-t-elle. Le meurtre, dont elle n’avait pas encore entendu parler, risque selon elle d’alimenter davantage cette crainte.
Pour les policiers, la difficulté reste la même : intervenir avant que la violence ne survienne. « Ça serait plus simple si on connaissait toutes les embrouilles », reconnaît l’agent. Mais dans une ville où habitants et commerçants disent parfois ressentir une insécurité quotidienne, ce fait divers ne fait qu’accentuer davantage leur crainte. Et pour les forces de l’ordre, la vigilance reste difficile à transformer en prévention absolue. Un drame qui ne fait qu’enfoncer la porte de l’insécurité dans une ville où le taux de criminalité augmente petit à petit.