Quand Lille s’invite dans les paroles des artistes…

Le soleil brille enfin sur les pavés du Vieux-​Lille ! C’est l’occasion idéale de chausser ses baskets et de redé­cou­vrir la « Capitale des Flandres » en musique.

Quel plaisir de voir la Grand-​Place s’animer sous une lumière prin­ta­nière en cette fin de mars. Alors que les terrasses se rem­plissent, on vous propose une expé­rience immersive : une promenade sonore dans les rues de Lille. Du roman­tisme des chansons d’antan au dynamisme de la scène actuelle, la ville a toujours été une muse pour les artistes. Que vous soyez à la Citadelle ou sur les bords de la Deûle, laissez ces mélodies vous raconter l’his­toire de nos quartiers.

Une playlist de 13 chansons à travers les époques

1852 – Alexandre Desrousseaux, P’tit Quinquin

La première chanson associée à Lille remonte au XIXᵉ siècle. Écrite à l’origine par le chan­son­nier lillois Alexandre Desrousseaux pour les Fêtes de Lille, la berceuse connaît très vite un grand succès, au point de devenir la chanson de marche des soldats nordistes lors de la guerre franco-​prussienne de 1870. Aujourd’hui encore, P’tit Quinquin est consi­dé­rée comme une sorte d’hymne officieux de la ville de Lille. Sa mélodie est notamment jouée par le carillon du beffroi de la Chambre de commerce, et elle reste aussi le chant tra­di­tion­nel du 43ᵉ régiment d’infanterie, installé à la Citadelle.

1967 – Enrico Macias, Les Gens du Nord

C’est sans doute l’un des hommages les plus célèbres à l’hospitalité du Nord. Avec Les gens du Nord, Enrico Macias parvient à résumer en quelques mots ce qui fait l’identité de la région : une chaleur humaine qui compense souvent une météo bien capri­cieuse. Dans ce refrain devenu emblé­ma­tique, il chante : « Les gens du Nord ont dans leurs yeux le bleu qui manque à leur décor / Les gens du Nord ont dans le cœur le soleil qu’ils n’ont pas dehors. »

1979 – Renaud, Chtimi rock

Renaud a toujours eu un lien par­ti­cu­lier avec le Nord, et dans le titre Chtimi rock, il s’amuse avec les codes de la culture rock et de l’identité locale. On retient cette phrase qui claque comme un accord de guitare : « On a des blousons d’cuir et des vieux mocassins / On fait du rock’n’­roll à Lille Roubaix Tourcoing ». C’est le portrait d’un Nord qui bouge, qui transpire et qui sait faire du bruit.

1982 – Pierre Bachelet, Les Corons

Sortie en 1982, la chanson de Pierre Bachelet rend hommage à la culture minière du Nord-​Pas-​de-​Calais. Elle évoque la vie des mineurs et leur fierté : « Au Nord, c’étaient les corons ». Même si elle est aujourd’hui surtout associée à Lens et au RC Lens, elle fait partie des morceaux emblé­ma­tiques liés à l’identité du Nord et reste très connue dans toute la région.

2006 – Axiom, Lille Ma Médina

Ce rappeur lillois livre avec ce titre une fresque familiale et intime en trois géné­ra­tions. Dans ce « drôle de pays où il n’y a jamais de soleil », se succèdent le père Mohamed arrivé de Marrakech en 1964 pour tra­vailler à la mine, Axiom, de son vrai nom Hicham, né en cité-​dortoir coincé entre deux langues et deux mondes, et enfin son fils Tarek qui rêve déjà de fuir. Lille est ici le fil rouge d’une histoire d’immigration et d’ambivalence : c’est « sa Médina ».

2008 – Bruno Maman, Place de Wazemmes

Ici, on plonge au cœur de l’un des quartiers les plus vivants et emblé­ma­tiques de Lille. Bruno Maman nous emmène dans l’ef­fer­ves­cence du marché, là où la fête ne s’arrête jamais vraiment. Il décrit cette ambiance très animée avec ces paroles : « Y’a des violons et des binious / L’accordéon, les gens sont tous un peu saouls / On s’est aimés place de Wazemmes ». C’est une chanson qui sent bon la liberté, les ren­contres impromp­tues et la bohème lilloise.

2008 – Balbino Medellin, Fille de Lille

Extrait de l’album Le soleil et l’ouvrier, ce titre raconte une histoire d’amour ouvrière et sincère. Le per­son­nage, gardien de nuit dans un parking, tombe sous le charme d’une caissière de station-​service, « une fille de Lille, une fille du Nord », et rêve de s’évader avec elle à la mer. Balbino Medellin capture la poésie du quotidien populaire, et cette capacité du Nord à faire naître des histoires d’amour là où on ne les attend pas.

2018 – Bigflo & Oli, Bienvenue chez moi

Même les artistes qui viennent de l’autre bout de la France tombent sous le charme de notre accueil. Les deux frères tou­lou­sains ont dédié un passage de leur titre Bienvenue chez moi à leur escale lilloise, un morceau qui se veut comme une carte postale des grandes villes de France. Ils y résument par­fai­te­ment ce que chaque visiteur ressent en arrivant sur la Grand-​Place : « Un arrêt à Lille, c’est vrai que c’est pas la plus belle des villes / Mais sur la grand place je me suis comme senti libre / Senti petit, senti ch’ti dans le décor / Les gens étaient plus cha­leu­reux que le temps dehors ».

2019 – Voyou, Lille

Cet artiste lillois de pop élec­tro­nique française rend un hommage déchirant à la ville qu’il s’apprête à quitter. Le titre prend la forme d’une lettre d’adieu où Lille est per­son­ni­fiée comme un être aimé. Il y confie que « ses rues lui man­que­ront sans doutes » et que « son cœur a pris le large à bord du fleuve qui la traverse ». Une chanson qui parle à tous ceux qui ont un jour quitté Lille avec l’impression de laisser une partie d’eux-mêmes sur ses pavés.

2023 – La Fève, 14 Juillet

Ici, on est sur une pure démons­tra­tion de force. Le rappeur La Fève utilise une référence foot­bal­lis­tique qui parle immé­dia­te­ment à tous les sup­por­ters du LOSC en se comparant au buteur iconique de la saison du doublé en 2011 : « J’me sens comme Pogba à la Juve / J’me sens comme Moussa Sow à Lille ». C’est une manière très directe de dire qu’il est au sommet de son jeu et qu’il enchaîne les succès avec la même effi­ca­cité que l’at­ta­quant séné­ga­lais à la grande époque.

2026 – MDNS, ENFANT DE MA VILLE !

Avec ce titre sorti en février dernier, MDNS, ou Madness, signe une lettre d’amour Lille. Le morceau s’ouvre sur une décla­ra­tion désar­mante : le ciel est gris, mais « nous on a l’soleil dans l’cœur ». MDNS se peint en gamin qui traîne, qui zone, qui reprend une pinte, et qui n’en échan­ge­rait rien. Il suffit d’une ligne pour incarner l’âme du quartier : « On se rejoint au bar, on finit pareil / Et on est fier de ça, demande à Wazemmes ». Une chanson qui parle à tous ceux pour qui Lille n’est pas juste une ville, mais une identité profonde, au point de vouloir, comme il le chante, « c’est ici qu’j’veux mourir ».

BEN plg, toute sa discographie

Difficile de citer un seul titre de BEN plg tant le Nord irrigue l’ensemble de son œuvre. Originaire du 59, ce rappeur au style presque jour­na­lis­tique n’a cessé, depuis ses premiers projets jusqu’à Paraît que les miracles n’existent pas (2025) de raconter les rues de sa ville avec une précision poétique et une profonde honnêteté. Ce qui fait la signature de BEN plg, c’est cette écriture au ras du trottoir : il décrit un ancien ouvrier croisé au PMU, un SDF dans la rue ou encore les codes d’une jeunesse du Nord qui avance avec hargne et humilité.

Bekar, toute sa discographie

Grandi à Roubaix, installé à Lille, Bekar a fait de son Nord natal le fil rouge de toute sa dis­co­gra­phie. Dès Boréal (2019), il pose les bases d’un rap intros­pec­tif et ancré, et c’est avec Briques Rouges (2020) qu’il offre à sa région son portrait le plus sai­sis­sant. Le titre éponyme de la mixtape résume à lui seul sa vision : « J’regarde pas le ciel, il est gris / Le panorama, c’est les briques rouges / J’habite pas où le soleil brille ». Ces briques, c’est Roubaix, c’est Lille, c’est toutes ces villes du coin avec une archi­tec­ture populaire qui symbolise une vie ouvrière. Au fil de ses albums suivants : Mira, Plus fort que l’orage, puis Alba (2025), Bekar n’a jamais quitté cet ancrage nordiste, portant dans chaque projet la mélan­co­lie et la fierté d’un mec qui sait d’où il vient, et qui fait de cette origine une force artistique.

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