Lille, pas toujours rouge : retour sur le bas­cu­le­ment politique de 1947

Fin du suspense aux muni­ci­pales : la mairie de Lille semble cette année encore promise à la gauche. Pourtant, il y a près de 80 ans, la capitale des Flandres a connu un virage inattendu à droite.

À peine deux ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, Lille vit un moment politique inédit. Le 5 octobre 1947, la ville bascule à droite sous l’impulsion de partisans de Charles de Gaulle, rompant avec la longue domi­na­tion du SFIO (Section française de l’Internationale ouvrière), ancêtre du Parti Socialiste, qui régnait sur la ville depuis 1896. L’influence gaulliste, mêlée à un contexte national de recom­po­si­tion politique, permet alors à la droite de s’imposer dans une ville encore marquée par les séquelles de l’occupation et le retour de la vie démo­cra­tique. René Gaifie, est élu maire avec le RPF (Rassemblement du Peuple Français) profitant de l’essoufflement de certains élus socia­listes issus de la Résistance.

Mais cette brève paren­thèse gaulliste s’achèvera dès le mandat suivant. Au fil des décennies, le profil socio­lo­gique de Lille évolue : l’industrialisation, l’arrivée de classes popu­laires et un tissu asso­cia­tif dense favo­risent pro­gres­si­ve­ment l’essor de la gauche. Avec le retour de la SFIO en 1955 sous Augustin Laurent, puis l’arrivée de Pierre Mauroy en 1973, le Parti socia­liste s’ancre dura­ble­ment dans la ville, reléguant les héritages gaul­listes au rang de souvenirs poli­tiques. Martine Aubry, qui succède à Pierre Mauroy en 2001, prolonge l’ancrage de Lille à gauche, bastion socia­liste depuis plus de 45 ans.

Municipales de 2026 : le combat des gauches

La tradition socia­liste lilloise est aujourd’hui confron­tée à une gauche frag­men­tée. Au premier tour des muni­ci­pales ce dimanche 15 mars, Arnaud Deslandes, suc­ces­seur de Martine Aubry en 2025 et candidat de l’Union de la gauche, arrive en tête avec 26,26 % des voix, mais ne devance que de 2,9 points la candidate de La France insoumise, Lahouaria Addouche (23,36 %). L’écologiste Stéphane Baly a obtenu quant à lui 17,75 % des voix et a d’ores et déjà annoncé s’allier au PS. « Nous avons mené ces dis­cus­sions avec res­pon­sa­bi­lité, gravité et déter­mi­na­tion, avec pour objectif de mettre en place les condi­tions du nouvel élan porté par le programme de Lille Demain », a affirmé lundi soir le candidat. Reste à savoir dimanche prochain si Lille pro­lon­gera sa tradition socia­liste ou connaîtra une nouvelle ère aux mains des Insoumis.

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