Dans les communes à liste unique, les dés sont déjà jetés

À l’approche des muni­ci­pales de 2026, Orry-​la-​Ville fait partie des 68% des communes fran­çaises à ne compter qu’une seule liste. Le maire sortant, Nathanaël Rosenfeld, se repré­sente sans adver­saire. Une situation qu’il juge « dommage », mais qui montre, selon lui, une crise plus large de l’engagement local.

J’aurais préféré avoir un adversaire

Élu pour la première fois en 2020, Nathanaël Rosenfeld n’a pas été surpris par l’absence de liste concur­rente. « Je pense que, dans l’ensemble, les gens sont plutôt satis­faits de ce qui est fait », déclare-​t-​il. Selon lui, l’insatisfaction est souvent un moteur puissant d’engagement : « la dernière fois je me suis présenté parce que j’étais très mécontent. » Il évoque aussi « une crise des vocations » et un indi­vi­dua­lisme de plus en plus marqué. Constituer une équipe reste difficile car cela demande du temps, mais la question de la parité dans les listes, élargie en 2026 à tous les villages de France, n’a posé aucun problème à Orry-​la Ville. Le candidat ne se réjouit pas pour autant de la situation : « J’aurais préféré avoir un adver­saire et qu’on s’affronte, projet contre projet » déplore-​t-​il. Sans concur­rence, la par­ti­ci­pa­tion diminue, car jugée inutile. « Un vote, c’est toujours une manière de valider ou de sanc­tion­ner un bilan. » Il explique ressentir une forme de frus­tra­tion à l’idée de ne pas obtenir un véritable « bilan » de son premier mandat dans les urnes.

Un seul candidat pour satis­faire les votants

Du côté des habitants, les avis divergent vis-​à-​vis de la situation. Sur les réseaux sociaux du village, certains expriment leur mécon­ten­te­ment et déplorent le manque de débat démo­cra­tique. D’autres sont comme
Florence Bastard-​Rosset qui explique avoir plutôt été surprise par la nouvelle. Elle y voit néanmoins « un signe de stabilité ». Selon elle, l’absence d’opposition vient davantage d’un manque de volon­taires que d’un malaise politique. Pour un autre habitant, Arjun Patel, les petites communes n’ont souvent pas le même enjeu politique que les grandes villes. Une liste unique, sans parti précis, peut donc « assurer une forme de conti­nuité. » Mais il pointe aussi du doigt la contrainte pour le maire d’être constam­ment dis­po­nible, exposé aux critiques et aux poten­tielles dif­fi­cul­tés finan­cières. Cependant, même les votants peu dérangés par la situation recon­naissent que l’enjeu du vote est réduit. « Il n’y a pas de choix à faire » admet Juliette Lafont, pour qui il s’agit de la première élection muni­ci­pale. Elle ajoute que pour cette raison, elle ne se penchera « qu’au dernier moment » sur le programme de l’unique candidat.

Cette année, 68% des communes de France ne comptent qu’une seule liste aux élections muni­ci­pales ©wikipedia commons

Maintenir le débat démocratique

Pour quand même donner la parole à toutes les opinions dans la commune, Nathanaël Rosenfeld a mis en place un système de « co-​construction » pendant son mandat. Réunions publiques avant les travaux de voirie, adap­ta­tion des projets en fonction des remarques des riverains, budget par­ti­ci­pa­tif annuel : « Ce n’est pas tous les six ans la démo­cra­tie, c’est tout le temps », insiste-​t-​il. Selon lui, l’implication des habitants est une manière de garantir la pluralité des points de vue, même en l’absence d’opposition politique. À Orry-​la Ville, l’élection muni­ci­pale de 2026 s’annonce donc sans suspense. Il ne reste qu’à savoir si les électeurs se mobi­li­se­ront malgré l’absence d’alternative.

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