Fête de l’Huma 2026 : La gauche converge en idées mais refuse toujours l’union

Alors que le festival a battu son record d’affluence début septembre, en réunis­sant ses par­ti­ci­pants (570 000) autour de la lutte contre la montée de l’extrême droite, les attitudes des dif­fé­rents leaders de la gauche laissent toujours peu de place à l’alliance, malgré plusieurs points communs assumés.

Certaines bou­teilles à la mer ne sont pas ramassées sur la plage. Celle de Marine Tondelier a été lancée depuis le chapiteau des Écologistes, depuis lequel elle a une nouvelle fois appelé à “se dépasser pour quelque chose de plus grand”. À la rare exception de la candidate des Verts, aucun leader politique n’a réel­le­ment fait de pas vers les autres pendant la fête, malgré les nombreux débats et ren­contres organisés en partie dans ce but. Le tra­di­tion­nel “Grand débat”, qui réunit chaque année plusieurs partis de gauche, a tout de même permis de noter plusieurs conver­gences idéo­lo­giques, notamment sur la question cli­ma­tique et le pouvoir d’achat.

L’urgence cli­ma­tique en tête des priorités

Interrogés sur les premières mesures à prendre en cas d’arrivée au pouvoir de leur mouvement, tous ont avancé des actions proches, chacun opinant volon­tiers aux pro­po­si­tions des autres. “Le lendemain de la victoire, il faudra stopper tous les projets zombies comme ces auto­routes ou ces data centers qui prennent notre eau et notre énergie”, explique d’abord Cyrielle Chatelain, la pré­si­dente du groupe Les Écologistes à l’Assemblée.

Son inter­ven­tion est suivie de celle du com­mu­niste Stéphane Peu, qui déclare vouloir “supprimer les mauvaises mesures prises ces dernières années, par exemple la pos­si­bi­lité de relouer les appar­te­ments qui sont des bouilloires ther­miques. La canicule a fait au moins 8 000 morts cet été dans notre pays. Il faut changer le Code du travail pour protéger les salariés l’été, modifier la durée de travail pendant les canicules, avoir des espaces de rafraî­chis­se­ment…”

Mathilde Panot, elle, souhaite “décréter l’urgence sociale et éco­lo­gique, augmenter les salaires, bloquer les prix, notamment ceux du carburant, et faire en sorte d’avoir un budget rec­ti­fi­ca­tif qui va chercher l’argent là où il est.” Elle ajoute qu’il est néces­saire “de renouer avec le temps long, c’est le sens de la pro­po­si­tion de création d’écorégions visant à réor­ga­ni­ser le ter­ri­toire autour des sous-​bassins versants.” 

Le président du groupe socia­liste Boris Vallaud, bruyam­ment hué lors de son arrivée et régu­liè­re­ment encore lors de ses inter­ven­tions, a fina­le­ment lui aussi proposé des mesures proches des autres partis de gauche : “Plus de 12 millions de foyers vivent en précarité éner­gé­tique. Il faut donc massifier la réno­va­tion thermique des bâtiments”, déclare-​t-​il. “Il y a aussi la question des mobilités, de l’électrification des 2 millions de véhicules en leasing social que nous devons mettre à dis­po­si­tion, en par­ti­cu­lier dans des ter­ri­toires où vous ne pouvez pas bouger sans véhicule.”

Augmentation du Smic et censure du budget, oui à tout sauf à l’union

Peu de temps après la publi­ca­tion d’une enquête du Secours Populaire estimant que 40% des Français consi­dé­raient leurs revenus trop faibles pour couvrir l’ensemble de leurs dépenses, les quatre repré­sen­tants se sont vite accordés sur la nécessité d’augmenter le Smic. En parallèle, ils ont aussi promis d’autres mesures pour le pouvoir d’achat. Mathilde Panot annonce vouloir “exiger des négo­cia­tions dans toutes les entre­prises pour augmenter les salaires”, tandis que le socia­liste Boris Vallaud souhaite réduire les inéga­li­tés sala­riales en ciblant le “0,32 % des salariés en France qui touchent plus de 12 fois le Smic”. Selon lui, “on pourrait augmenter de 300 euros nets par mois les 20 % de salariés les plus modestes.” Il évoque ensuite la question de l’héritage, comme l’a fait Marine Tondelier à l’autre bout du festival, avec ses “9 000 milliards” de recettes qu’elle voudrait obtenir grâce à la taxation des héritages. Lors du “Grand Débat”, sa collègue Cyrielle Chatelain ajoute à cette mesure une volonté d’agir sur les dépenses contraintes, comme le logement à travers un “enca­dre­ment des loyers”. Alors que le budget 2027 à venir ne devrait répondre à aucune de ces demandes, tous pro­mettent sans hésiter qu’ils voteront la censure, à l’exception de Boris Vallaud qui se montre plus frileux, en indiquant seulement qu’il est “vrai­sem­blable” que son parti fasse de même.

“Il est vrai­sem­blable que, oui, nous votions la censure”, déclare le président du groupe socia­liste à l’Assemblée Boris Vallaud à l’Agora du festival de l’Humanité, le 13 septembre 2026. © Gabriel Florimond

Mais lorsque la fatidique question de l’alliance est enfin mise sur la table, tous se renvoient la balle pendant plusieurs minutes, sans qu’aucune pro­po­si­tion d’union ne soit fina­le­ment faite. De son côté Jean-​Luc Mélenchon, qui profite encore de son statut de premier à gauche dans les sondages, a de nouveau réuni une foule impres­sion­nante lors de deux inter­ven­tions, res­pec­ti­ve­ment après et pendant celles du candidat com­mu­niste Fabien Roussel. Il n’a pas saisi l’occasion pour ras­sem­bler le reste de la gauche. Sans attaquer fron­ta­le­ment les autres partis, il s’est tout de même bien gardé de leur tendre la main, laissant à nouveau entendre qu’une alliance ne pourrait se faire qu’aux condi­tions des Insoumis.

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