Alors que le festival a battu son record d’affluence début septembre, en réunissant ses participants (570 000) autour de la lutte contre la montée de l’extrême droite, les attitudes des différents leaders de la gauche laissent toujours peu de place à l’alliance, malgré plusieurs points communs assumés.
Certaines bouteilles à la mer ne sont pas ramassées sur la plage. Celle de Marine Tondelier a été lancée depuis le chapiteau des Écologistes, depuis lequel elle a une nouvelle fois appelé à “se dépasser pour quelque chose de plus grand”. À la rare exception de la candidate des Verts, aucun leader politique n’a réellement fait de pas vers les autres pendant la fête, malgré les nombreux débats et rencontres organisés en partie dans ce but. Le traditionnel “Grand débat”, qui réunit chaque année plusieurs partis de gauche, a tout de même permis de noter plusieurs convergences idéologiques, notamment sur la question climatique et le pouvoir d’achat.
L’urgence climatique en tête des priorités
Interrogés sur les premières mesures à prendre en cas d’arrivée au pouvoir de leur mouvement, tous ont avancé des actions proches, chacun opinant volontiers aux propositions des autres. “Le lendemain de la victoire, il faudra stopper tous les projets zombies comme ces autoroutes ou ces data centers qui prennent notre eau et notre énergie”, explique d’abord Cyrielle Chatelain, la présidente du groupe Les Écologistes à l’Assemblée.
Son intervention est suivie de celle du communiste Stéphane Peu, qui déclare vouloir “supprimer les mauvaises mesures prises ces dernières années, par exemple la possibilité de relouer les appartements qui sont des bouilloires thermiques. La canicule a fait au moins 8 000 morts cet été dans notre pays. Il faut changer le Code du travail pour protéger les salariés l’été, modifier la durée de travail pendant les canicules, avoir des espaces de rafraîchissement…”
Mathilde Panot, elle, souhaite “décréter l’urgence sociale et écologique, augmenter les salaires, bloquer les prix, notamment ceux du carburant, et faire en sorte d’avoir un budget rectificatif qui va chercher l’argent là où il est.” Elle ajoute qu’il est nécessaire “de renouer avec le temps long, c’est le sens de la proposition de création d’écorégions visant à réorganiser le territoire autour des sous-bassins versants.”
Le président du groupe socialiste Boris Vallaud, bruyamment hué lors de son arrivée et régulièrement encore lors de ses interventions, a finalement lui aussi proposé des mesures proches des autres partis de gauche : “Plus de 12 millions de foyers vivent en précarité énergétique. Il faut donc massifier la rénovation thermique des bâtiments”, déclare-t-il. “Il y a aussi la question des mobilités, de l’électrification des 2 millions de véhicules en leasing social que nous devons mettre à disposition, en particulier dans des territoires où vous ne pouvez pas bouger sans véhicule.”
Augmentation du Smic et censure du budget, oui à tout sauf à l’union
Peu de temps après la publication d’une enquête du Secours Populaire estimant que 40% des Français considéraient leurs revenus trop faibles pour couvrir l’ensemble de leurs dépenses, les quatre représentants se sont vite accordés sur la nécessité d’augmenter le Smic. En parallèle, ils ont aussi promis d’autres mesures pour le pouvoir d’achat. Mathilde Panot annonce vouloir “exiger des négociations dans toutes les entreprises pour augmenter les salaires”, tandis que le socialiste Boris Vallaud souhaite réduire les inégalités salariales en ciblant le “0,32 % des salariés en France qui touchent plus de 12 fois le Smic”. Selon lui, “on pourrait augmenter de 300 euros nets par mois les 20 % de salariés les plus modestes.” Il évoque ensuite la question de l’héritage, comme l’a fait Marine Tondelier à l’autre bout du festival, avec ses “9 000 milliards” de recettes qu’elle voudrait obtenir grâce à la taxation des héritages. Lors du “Grand Débat”, sa collègue Cyrielle Chatelain ajoute à cette mesure une volonté d’agir sur les dépenses contraintes, comme le logement à travers un “encadrement des loyers”. Alors que le budget 2027 à venir ne devrait répondre à aucune de ces demandes, tous promettent sans hésiter qu’ils voteront la censure, à l’exception de Boris Vallaud qui se montre plus frileux, en indiquant seulement qu’il est “vraisemblable” que son parti fasse de même.

Mais lorsque la fatidique question de l’alliance est enfin mise sur la table, tous se renvoient la balle pendant plusieurs minutes, sans qu’aucune proposition d’union ne soit finalement faite. De son côté Jean-Luc Mélenchon, qui profite encore de son statut de premier à gauche dans les sondages, a de nouveau réuni une foule impressionnante lors de deux interventions, respectivement après et pendant celles du candidat communiste Fabien Roussel. Il n’a pas saisi l’occasion pour rassembler le reste de la gauche. Sans attaquer frontalement les autres partis, il s’est tout de même bien gardé de leur tendre la main, laissant à nouveau entendre qu’une alliance ne pourrait se faire qu’aux conditions des Insoumis.