Un quotidien han­di­ca­pant et des douleurs omni­pré­sentes : le combat de Célia

En France, deux millions de femmes sont atteintes d’en­do­mé­triose, soit une personne sur dix. Pourtant, le diag­nos­tic reste souvent compliqué. À l’occasion de la semaine euro­péenne de l’en­do­mé­triose qui s’est déroulée du 3 au 9 mars, il est important de mettre en exergue toutes les facettes de la maladie : le dépistage et l’attente de dépistage. Une situation dans laquelle se trouve Célia, 23 ans, qui souffre de douleurs pel­viennes depuis ses 18 ans, sans jamais avoir obtenu de réponses claires sur l’origine de ces crampes.

« Ce n’est pas parce qu’on n’a pas encore reçu de diag­nos­tic que nos douleurs ne sont pas réelles », a‑t-​elle confié. Célia a appris à allier son quotidien avec des douleurs parfois impré­vi­sibles et très intenses. Elle gère plutôt bien cette période d’incertitude, grâce à l’habitude, au temps d’adaptation et à la chance d’avoir un entourage compréhensif.

Elle déplore cependant un manque d’empathie globale de la société qui pousse encore de nom­breuses femmes non diag­nos­ti­quées à se justifier davantage que celles ayant reçu un diag­nos­tic. Son message est clair : « Ce n’est pas parce qu’on n’a pas encore été diag­nos­ti­quée que l’on ne souffre pas ».

Des symptômes clairs

Célia décrit des douleurs intenses, irradiant dans le dos et les lombaires et accom­pa­gnées de nom­breuses hémor­ra­gies ainsi que de migraines. Des périodes de douleurs situées prin­ci­pa­le­ment pendant la période des règles ou de l’ovulation, qui peuvent parfois se déclen­cher aléa­toi­re­ment. Enfin des syndromes pré­mens­truels intenses avec des douleurs omniprésentes.

Beaucoup de symptômes qui font écho à ceux réper­to­riés par le site français officiel de l’Assurance Maladie, Ameli, concer­nant l’endométriose.

Travailler malgré la douleur, performer à moitié

Le stress comme l’activité sportive font partie des situa­tions que Célia n’appréhende plus de la même manière. Véritables déclen­cheurs de douleurs intenses, ils impactent direc­te­ment son travail et sa pratique sportive. Entre les crises dou­lou­reuses et la prise de médi­ca­ments puissants, elle se sent limitée dans ses tâches quo­ti­diennes : « Je n’ai pas l’esprit à 100 % au travail, et cela affecte auto­ma­ti­que­ment mon effi­ca­cité ».

Elle souligne toutefois un point positif : le soutien de ses employeurs. Ses périodes de baisse de per­for­mance ne sont pas péna­li­sées, et des amé­na­ge­ments sont mis en place pour l’accompagner, tels que davantage de pauses ou une adap­ta­tion de ses tâches.

Le constat est similaire pour le sport. Célia doit réduire consi­dé­ra­ble­ment son activité avant et pendant ses règles. « Je perds peut-​être une semaine et demie par mois dans ma per­for­mance sportive, soit parce que les douleurs sont trop fortes, soit parce que je dois adapter mes séances ».

Soulager plutôt que comprendre

« On trouve des solutions qui sont réel­le­ment non adéquates aux règles dou­lou­reuses », constate-​t-​elle. Son parcours médical a davantage été rythmé par une logique de sou­la­ge­ment des symptômes plutôt que par une com­pré­hen­sion des causes de ses douleurs. D’abord, la pres­crip­tion d’une pilule afin d’atténuer les symptômes, puis celle d’une série de médi­ca­ments de plus en plus puissants, « sans pour autant réel­le­ment com­prendre ce que l’on nous donne », et enfin la réa­li­sa­tion d’une écho­gra­phie et d’une IRM.

Une prise en charge qui, selon Célia, traduit un manque de recherche de la part de certains pro­fes­sion­nels de santé. Résultat : les patientes reviennent au « stade de départ », sans expli­ca­tion sur l’origine de leurs douleurs. « C’est à nous de mener la bataille pour com­prendre, plutôt qu’aux spé­cia­listes », déplore-t-elle.

Au secours les pompiers !

« Au quotidien, je ne considère pas cela comme une fatalité. Certes, cela me pénalise dans mon travail et dans ma vie sociale, mais j’arrive à m’organiser ainsi », note-t-elle.

Célia a appris à allier son mode de vie avec ses douleurs, tout en conti­nuant à avancer. Pour les soulager, elle met en place dif­fé­rentes tech­niques, telles que la relaxa­tion, notamment avec la sophro­lo­gie, les bains ou encore les bouillottes. Elle insiste toutefois sur le fait que ces douleurs restent intenses et ne doivent pas être mini­mi­sées : lors de certaines crises, elle a même dû faire appel aux pompiers.

Parallèlement, la médecine progresse et permet d’entrevoir de nouvelles pers­pec­tives. De plus en plus de gyné­co­logues se spé­cia­lisent dans l’endométriose, tandis que la recherche continue d’évoluer. Selon la Mutuelle des Étudiants, plusieurs pistes sont actuel­le­ment explorées, comme l’étude de la molécule PBRM ou l’utilisation d’antagonistes de la GnRH, qui agissent sur les lésions en modulant les hormones impli­quées dans la maladie. Un autre trai­te­ment, le dichlo­roa­cé­tate, fait également l’objet d’essais cliniques : il cible le méta­bo­lisme des cellules atteintes afin de réduire les
douleurs liées à l’endométriose.

À Paris, l’accueil des réfugiés passe aussi par la culture

Dans un contexte marqué par la guerre et les...

La diaspora colom­bienne vote à Paris pour trans­for­mer son pays

À des milliers de kilomètres de Bogota, des Colombiens...

Paula Martinez Takegami : le corps comme lieu de lutte et de résilience

À Paris, loin de la Colombie, elle soigne et...

Contrepoint n°46

L’IA a de la concur­rence : l’intelligence humaine a déchiffré une langue disparue

Le déchiffrement de l’élamite linéaire par François Desset marque une avancée majeure dans la compréhension de l’Iran antique. Une découverte qui éclaire une civilisation...

Face au gas­pillage du matériel médical, la solution du reconditionné

Alors qu’une grande partie du matériel médical finit inutilement à la poubelle, une entreprise nordiste a peut-être trouvé une solution pour faire face au...

La salle de sport, miroir gros­sis­sant de notre société

On a tous une connaissance qui va « à la salle » chaque semaine, parfois tous les jours. Cet ami, c'est peut-être vous. Mais...