La diaspora colom­bienne vote à Paris pour trans­for­mer son pays

À des milliers de kilo­mètres de Bogota, des Colombiens à Paris feront entendre leur voix lors de l’élection pré­si­den­tielle le 31 mai prochain. le vote depuis l’étranger devient un acte social et intime, reflet des débats qui secouent leur pays d’origine.

« Je ne pouvais pas rester spec­ta­trice. » Yara, 32 ans, est née à Bogotá. Elle s’est installée à Paris en 2018, par amour. Depuis son canapé vert sapin est le premier témoin de l’actualité colom­bienne. Son plaid sert parfois à poser son ordi­na­teur, ses notes, ses cartes, tandis qu’elle scrute les nouvelles du pays. « Les accords de paix, la redis­tri­bu­tion des terres, le système de santé… Tout est sur la table. Je me sens res­pon­sable, même à distance », confie-​t-​elle, en se parant les lèvres d’un rouge vif. 

Son enga­ge­ment a fini par conta­mi­ner son entourage : son petit-​ami Pierre, français, s’intéresse désormais aux débats colom­biens à travers des lectures et des podcasts. « Au début, il ne savait rien de la Colombie. Maintenant, il me corrige même sur l’avancée des lois ! » rit-​elle. Pour Yara, voter est un outil concret de trans­for­ma­tion, un moyen de peser sur le quotidien de ses proches restés outre-Atlantique.

À quelques pas des Champs-​Élysées, le consulat de Colombie est situé en face de la délé­ga­tion mexicaine. © Inès Laïb

Des urnes à portée de main

À Paris, le Consulat de Colombie, à quelques pas des Champs-​Élysées, devient l’épicentre de cette mobi­li­sa­tion. Cette année, 18 601 personnes y sont inscrites, sur 23 436 en France. Juan Diego Sastre, promoteur de Colombia Nos Une, explique : « Les élections se tiendront ici du lundi 25 au dimanche 31 mai, de 8h à 16h. Dimanche, on votera aussi dans d’autres villes, dont Nantes, Lyon, Montpellier, Strasbourg… »

Le consulat colombien com­mu­nique depuis un an sur le scrutin à venir. © Inès Laïb

La liste élec­to­rale a augmenté de près de 7 000 inscrits depuis le dernier scrutin. Juan Diego met en avant deux raisons : la hausse continue de l’immigration colom­bienne et le travail de sen­si­bi­li­sa­tion mené depuis avril 2025, via des campagnes sur les réseaux sociaux et des QR codes dans les res­tau­rants et lieux com­mu­nau­taires. « Si tous les Colombiens vivant à l’étranger votent, la diaspora peut tota­le­ment faire basculer les choses », assure-t-il.

« La diaspora peut totalement
faire basculer les choses. »

Juan Diego Sastre

Abstention et formes d’engagement

À l’opposé, Magdalena, 28 ans, refuse de voter malgré ses racines colom­biennes. Assise dans un bar du Marais, elle explique : « Je ne me sens repré­sen­tée par aucun candidat. » Dans ses mains, elle tient un café chaud. Celui-​ci ne vient pas de Colombie. « Je refuse de voter, mais je ne reste pas inactive pour autant. On peut militer autrement. » À ses côtés, Erik, né de parents colom­biens à Saint-​Denis, partage cette distance. « Je n’ai pas suf­fi­sam­ment de connais­sances sur le pays. Si loin, je ne me sens pas légitime pour choisir à la place de ceux qui y sont. »

Gustavo Petro est le premier président colombien de gauche. © Inès Laïb

Conscience politique et lien affectif

Le premier tour de l’élection pré­si­den­tielle a été fixé au 31 mai, il s’agira de choisir le suc­ces­seur de Gustavo Petro, premier président colombien situé à gauche. Son mandat s’achève par un pays encore marqué par de lourds défis : mise en œuvre partielle des accords de paix de 2016, violences per­sis­tantes dans les zones rurales et pola­ri­sa­tion crois­sante de l’espace public. 

Les primaires ont mis en avant une gauche dynamique et une droite frag­men­tée avec plusieurs candidats se disputant l’attention d’un électorat varié et parfois incertain quant à ses propres attentes pour l’avenir politique de la Colombie. Quelle que soit l’issue du scrutin, le prochain président devra composer avec un paysage par­le­men­taire divisé et des réformes éco­no­miques et sociales profondes à mener, notamment sur la sécurité, la redis­tri­bu­tion des terres et la conso­li­da­tion durable de la paix.

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