Le métier de perruquier-​posticheur, un savoir-​faire rare au « Palais du Cheveu »

À Lille, Pauline Verstrepen perpétue un savoir-​faire familial cen­te­naire. Dans son atelier, chaque perruque, façonnée à la main, devient bien plus qu’un acces­soire : un moyen de se recons­truire, entre technique minu­tieuse et accom­pa­gne­ment humain.

Derrière chaque perruque, il y a une histoire. Une maladie, une tran­si­tion, une perte brutale… ou sim­ple­ment le besoin de se retrouver. Pauline Verstrepen est née dedans. Quatrième géné­ra­tion de perruquiers-​posticheurs au Palais du Cheveu, au 1 avenue du Peuple Belge à Lille, elle a grandi entourée de têtes en plâtre et de mèches soi­gneu­se­ment rangées. C’est un métier complexe, fait de passion et de patience. De com­pas­sion et de bien­veillance. Un métier rare, mais essentiel dans la vie de nom­breuses femmes et de nombreux hommes.

Quatre mois de travail

Des dizaines de man­ne­quins, portant fièrement des perruques syn­thé­tiques ou en cheveux naturels, ornent les murs du magasin. Au fond de l’accueil, un établi attire le regard. Ici, les perruques en cheveux naturels sont conçues sur place, à partir de cheveux commandés ou issus de dons. « Une perruque en cheveux naturels, c’est entre trois et quatre mois de travail », explique Pauline. Chaque cheveu est noué à la main, fixé sur une monture fine comme une seconde peau. Avant d’en arriver là, il faut trier, sélec­tion­ner, com­prendre la matière. Lorsque les cheveux pro­viennent de dons, il en faut au moins trois pour fabriquer une seule perruque.

Pauline les carde (les trie), les aligne, élimine ceux qui ne conviennent pas. « On perd déjà un tiers dès le départ », précise-​t-​elle. Puis vient la recherche de cohérence : texture, densité, origine. Cheveux asia­tiques, indiens, européens… rien ne se mélange au hasard. À côté, les perruques syn­thé­tiques attendent. Moins exi­geantes, déjà prêtes dans leurs formes. « Elles gardent la coiffure. Bouclées ou lisses, elles ne bougent pas », affirme Pauline avec assurance. Une autre logique, un autre usage.

Chaque cheveu est implanté à la main sur une monture : un travail minutieux qui peut durer jusqu’à quatre mois. © E. Tack

Choisir selon ses moyens et son énergie

Pauline ne tourne pas autour du sujet. « Une perruque en cheveux naturels commence autour de 1 000 euros », annonce-​t-​elle. Et le prix peut vite grimper. La rareté fait la valeur : les cheveux européens, et surtout blancs, sont les plus précieux. En face, les modèles syn­thé­tiques sont plus acces­sibles. Toutes les perruques peuvent être rem­bour­sées jusqu’à 350 euros sur ordon­nance, depuis 2026. Une aide de 210 euros peut également être accordée en ALD. Mais ici, on ne parle pas seulement d’un achat. « Les gens choi­sissent ce qui leur cor­res­pond, surtout en fonction de leur énergie », souligne Pauline. Certaines clientes, épuisées par les trai­te­ments, optent pour le syn­thé­tique, simple et prêt-​à-​porter. D’autres veulent pouvoir coiffer, toucher, retrouver un geste familier : elles choi­sissent le naturel.

Ils repartent avec le sourire

Un soir, sa mère reçoit un appel. Il est 19 heures. « Depuis ce matin, je suis au-​dessus de ma baignoire et je regarde mes cheveux tomber », confie une voix trem­blante au téléphone. Elle lui propose de venir immé­dia­te­ment. Couper court, reprendre un peu de contrôle. Ici, les gens arrivent souvent fragiles. « Certains poussent la porte presque en pleurant », raconte Pauline. Et puis il y a le moment du miroir. Celui où le visage s’illumine, où les épaules se relâchent. « Ils repartent avec le sourire », glisse-​t-​elle doucement. Pauline marque une pause. « C’est là qu’on comprend pourquoi on fait ce métier », conclut-elle.

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