À l’occasion de la Semaine anticoloniale et antiraciste, des militants et chercheurs venus d’Afrique et de sa diaspora se sont retrouvés en Seine-Saint-Denis pour témoigner d’une même réalité : celle de peuples que leur propre État combat. À Montreuil, en banlieue parisienne, c’est le monde qui se donnait rendez-vous.
Des tracts sur les tables, des affiches de prisonniers politiques accrochées aux murs, des drapeaux suspendus aux poutres… Dans le grand hall industriel de la Parole Errante à Montreuil en Seine-Saint-Denis, une vingtaine de stands s’alignent, chacun portant le nom d’un pays, d’un mouvement ou bien d’une cause. Les visiteurs s’arrêtent, s’informent, repartent avec une pile de tracts sous le bras.
L’État se retourne contre les siens
« Il y a une répression en cours. L’État se retourne contre son propre peuple. » Patrick Belinga Ondoua, chercheur camerounais installé en France, résume la situation de son pays en deux mots : répression et accumulation. Au Cameroun, Paul Biya gouverne depuis 1982. En octobre 2025, quand des jeunes ont contesté sa réélection dans la rue, plus de 420 d’entre eux ont été violentés ou emprisonnés. Les élites, elles, s’enrichissent sans jamais se sentir redevables envers la population. « C’est un État qui accumule, qui dépossède, qui extorque au détriment de la population », tranche-t-il.
Marie Ranjanoro, autrice malgache, hoche la tête. « Ce que Patrick Belinga Ondoua décrit sur le Cameroun est similaire à ce que nous vivons à Madagascar », confie-t-elle. En septembre 2025, une jeunesse sans leader ni CAPSAT a rejoint les manifestants et refusé de tirer sur la foule, le président Andry Rajoelina a fui le pays, exfiltré par un avion militaire français vers La Réunion puis Dubaï.
« Il est essentiel de ramener les questions anticoloniales au cœur de la politique française »
Marie Ranjanoro.
Des territoires sous emprise
Le Cameroun et Madagascar ne sont pas des cas isolés.
« Le Sahara occidental est une prison à ciel ouvert. Nul ne doit ignorer cette réalité. Nul ne doit détourner le regard », martèle Ahmedna Abdi M’Barek, porte-parole de la jeunesse sahraouie en Europe. Le Maroc occupe ce territoire depuis 1975, malgré une résolution de l’ONU reconnaissant le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination. Des entreprises étrangères y exploitent ses ressources naturelles sans son consentement. Environ 19% d’entre elles sont françaises, parmi lesquelles Engie et Transavia.
Mohamed Kadami, représentant du mouvement de résistance djiboutien, abonde dans ce sens. À Djibouti, une dictature familiale règne depuis 47 ans, pendant que la France, les États-Unis, la Chine et le Japon y ont chacun installé leur base militaire. « Ce petit pays est un peu le porte-avions de toutes les grandes puissances étrangères », résume-t-il. Installé en région parisienne, il milite depuis des années pour sensibiliser les diasporas africaines d’Île-de-France à ce qui se passe là-bas.

Quand Montreuil devient une tribune
La salle n’est pas pleine, mais la conviction, elle, l’est. Anne Jolet, historienne, est venue dans un but : « Je suis ici pour dénoncer les rapports de domination dans le passé, et montrer leurs connexions avec le présent ». Dans un petit coin de la salle, des visiteurs s’attardent devant l’exposition consacrée aux luttes anti coloniales. Montreuil, ce jour-là, sert de tribune.