De Buenos Aires à Paris : la lutte féministe sans frontières

À des milliers de kilo­mètres de leurs pays d’origine, des mili­tantes latino-​américaines font vivre le féminisme dans les rues pari­siennes. Avec le collectif Alerta Feminista, elles importent rythmes, slogans et héritage militant pour rappeler que la lutte contre les violences faites aux femmes ne connaît pas de frontières.

Tambours qui résonnent, chants qui s’élèvent, foulards colorés qui flottent dans l’air : les mili­tantes latino-​américaines font vibrer le féminisme jusque dans les rues de Paris. Ludmila, Natalia, Isabel… Elles sont des dizaines à s’être engager au sein d’Alerta Feminista, principal collectif basé en France. « Ni una menos. Pas une de moins », ce mouvement, né en Argentine en 2015, s’est rapi­de­ment étendu à toute l’Amérique latine, ras­sem­blant des centaines de milliers de femmes contre les fémi­ni­cides et les violences de genre. À Paris, il trouve un nouvel écho, porté par celles qui ont traversé l’océan.

La trans­mis­sion d’un héritage militant

Qu’elles soient mères de famille, étu­diantes ou salariées, toutes partagent le même combat, à plus de 2 000 kilo­mètres de leurs pays. « Ce ne sont pas sim­ple­ment des immigrées qui viennent créer un collectif en France », explique la cher­cheuse Lissell Quiroz, spé­cia­liste du féminisme latino-​américain à l’Université de Cergy. « Elles arrivent déjà avec leurs idées et apportent leur connais­sance en France, leur savoir féministe puis intègrent des asso­cia­tions déjà exis­tantes. », précise-​t-​elle. Un enga­ge­ment qui s’appuie sur un héritage solide.

Le féminisme latino-​américain est l’un des plus anciens et des plus struc­tu­rés. Il ne se limite pas à la défense des droits des femmes : il s’inscrit dans une lutte plus large contre les inéga­li­tés sociales, la précarité ou encore les héritages coloniaux : « En Amérique latine, le féminisme devient un moteur qui rassemble plusieurs causes, là où en France ces luttes restent souvent plus séparées ». Pour ces femmes, le combat est plus intense, portant sur des causes vitales comme le droit à l’avortement menacé, tandis que les Françaises se concentrent surtout sur des dis­cri­mi­na­tions sys­té­miques dans un cadre légal et ins­ti­tu­tion­nel plus protecteur.

Le féminisme latino-​américain s’exporte en Europe grâce à des réseaux soli­daires. ©Alerta Feminista

Dans les cortèges parisiens, leur présence ne passe pas inaperçue. Rituel des mani­fes­ta­tions, elles se dis­tinguent par leurs danses rythmées au son des tambours tra­di­tion­nels. « Manifester, c’est aussi danser, chanter, rire, faire des per­for­mances, montrer notre rage de manière créative », explique Francesca, Chilienne et membre du collectif depuis 2020. « On nous reproche parfois de bloquer la mani­fes­ta­tion mais ce sont sim­ple­ment des manières dif­fé­rentes de se mobiliser. » Car en Amérique latine, la rue est le cœur de la lutte. Les mani­fes­ta­tions y sont massives, festives et bruyantes et la danse devient une forme de contestation.

Garder un pied là-​bas, lutter ici

Aujourd’hui pari­siennes, ces mili­tantes restent pro­fon­dé­ment connec­tées à leurs racines. L’actualité politique latino-​américaine continue de nourrir leur enga­ge­ment notamment en Argentine, face aux poli­tiques du président Javier Milei. « On suit toute ce qu’il se passe par nos familles et les médias, mais on sait que là-​bas les col­lec­tifs sont toujours très engagés. Les mani­fes­ta­tions les plus impor­tantes contre le gou­ver­ne­ment sont aujourd’hui orga­ni­sées par des fémi­nistes », affirme Francesca. Au Chili aussi, les mani­fes­ta­tions restent aussi massives. Lors du 8 mars, journée inter­na­tio­nale des droits de la femme, un slogan s’impose : « Qui est anti­fas­ciste ici et qui ne l’est pas ? Nous on ne recule pas sur nos droits ».

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