À Lille, un campus bloqué pour protester contre des mesures gouvernementales

À Lille comme dans plus de dix autres villes de France, les syndicats étudiants se sont mobilisés le 15 septembre dernier contre la sup­pres­sion des APL pour les étudiants extracom­mu­nau­taires. Ces derniers voient aussi le prix de leur ins­crip­tion multiplié par 15 ou 17, alors que les orga­ni­sa­tions étu­diantes craignent une extension des mesures dis­cri­mi­na­toires aux étudiants français.

« Contre les attaques racistes et anti­so­ciales de Macron, construi­sons la grève », pouvait-​on lire sur une poubelle installée devant le campus de Pont de Bois, le 15 septembre dernier. Dès 6h30 du matin, plusieurs mani­fes­tants ont organisé un blocage devant cette antenne de l’université de Lille, pour s’opposer à une série de mesures mises en place par le gou­ver­ne­ment. Arthur Pedeboscq, trésorier de l’Union-Lille et encarté à La France Insoumise, s’inquiète d’abord pour les étudiants extracom­mu­nau­taires, qui ont vu leurs aides sus­pen­dues. « Dans une uni­ver­sité comme celle de Lille, on a tous des étudiants étrangers autour de nous que l’on côtoie, et certains pensent à arrêter leurs études parce qu’ils n’ont plus les moyens. »

Arthur Pedeboscq est trésorier de l’Union Lille. Il estime que vie politique et vie syndicale sont indis­so­ciables. © Gabriel Florimond

La crainte d’une extension aux étudiants français

Selon l’étudiant, la décision ouvre la porte à une extension des mesures dis­cri­mi­na­toires. « Cette attaque est la première d’un enchaî­ne­ment qui vise à la sup­pres­sion totale des APL », estime-​t-​il. La mesure, his­to­ri­que­ment pré­co­ni­sée par l’extrême droite, concerne en premier lieu les étudiants étrangers, bien qu’il craigne qu’elle soit ensuite étendue plus largement. « On l’a vu dès cet été, avec un rapport donné au gou­ver­ne­ment qui pré­co­ni­sait, dès la rentrée prochaine, la sup­pres­sion des APL pour 200 000 étudiants. » Cet été, Les Échos ont révélé un document commandé par le premier ministre Sébastien Lecornu, et publié à sa demande fin juillet. L’enquête propose désormais de retirer l’accès aux aides pour le logement à 200 000 étudiants français, en prenant en compte le revenu des parents, faisant ainsi miroiter près de 550 millions d’euros d’économies. Dans une lettre ouverte, l’Union étudiante de France appelle donc les députés à censurer le budget, pour protéger les « trois millions d’étudiant·es qui, chaque année, se battent pour continuer ». La lettre, comme les mani­fes­ta­tions, reproche plus largement au gou­ver­ne­ment la pré­ca­ri­sa­tion générale de la vie étudiante. Pourtant en emboîtant le pas à de nombreux pays, comme les États-​Unis, les défen­seurs de la mesure en France espèrent justement renflouer les caisses de l’enseignement supérieur, et remédier aux tensions bud­gé­taires aux­quelles font face les éta­blis­se­ments. Fin août, le premier ministre a aussi répondu aux accu­sa­tions, dans un tweet posté le 20 août sur le réseau social X. Il y explique que « le budget 2027 est encore en pré­pa­ra­tion », et ajoute que les « véri­tables décisions seront annoncées lorsqu’elles auront été prises ». De leur côté, les syndicats rétorquent que le chef du gou­ver­ne­ment n’a pas nié avoir commandé et lu le rapport, ce qui rendrait possible selon eux l’application future des mesures. Sébastien Lecornu maintient que « tout […] est faux », évoquant par la même occasion les rumeurs de gel du RSA ou de la hausse de l’impôt sur le revenu. Le voile ne sera levé que lors de la pré­sen­ta­tion du budget 2027, le 6 octobre au plus tard.

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