Hausse du prix du carburant : les pêcheurs bientôt contraints de rester à quai

Le prix du carburant en France continue de grimper, fra­gi­li­sant de nombreux pro­fes­sion­nels parmi lesquels les pêcheurs, pour qui le prix du gazole marin a pra­ti­que­ment doublé. À Boulogne-​sur-​Mer, l’inquiétude gagne les quais et les marins.

Mains sur les hanches, regard vers l’horizon du quai de l’Amiral Huguet à Boulogne-​sur-​Mer, Loïc, marin de toujours contemple son chalutier immobile depuis une semaine. D’ordinaire, sur le quai ses marins s’activent pour aller en mer. Mais aujourd’hui encore, lui et son équipage ne prendront pas la mer. « C’est frustrant, on ne maîtrise rien du tout. La pêche c’est un métier dur phy­si­que­ment mais là, c’est mora­le­ment qu’on ne tient plus », dit-​il. À terre comme en mer, la guerre qui sévit au Moyen-​Orient a provoqué de fortes tensions sur les marchés pétro­liers. Conséquence : le prix du gazole grimpe, au point de rendre certaines sorties en mer impos­sibles. Le carburant maritime est passé de 0,60 € le litre, à plus de 0,80 €, presque 1€, dans certains ports. Le chalutier de Loïc consomme près de 10 000 litres de gazole chaque semaine. À ce tarif-​là, impos­sible de lever l’ancre. Pour lui la décision est radicale : « Il faut vraiment qu’ils arrêtent cette guerre parce que si la semaine prochaine on reste à un euro le litre, c’est inutile de larguer les amarres, autant tout arrêter », martèle-​t-​il en soufflant.

Une flambée du gazole qui impact les salaires

Un peu plus loin, c’est le chalutier vert et blanc de Luc Ramet qui se balance au rythme du vent. Comme Loïc, ce pêcheur de coquilles Saint-​Jacques pâtit lui aussi de la flambée brutale du prix du carburant maritime. Habituellement, son chalutier va jusqu’au détroit de Calais. Ce jour-​là, son bateau, qui avale 6 000 litres de gazole, s’est contenté de rester à quai, lui aussi cloué par la hausse des prix. « Avant la guerre, je payais 3 500 euros de gazole pour cinq jours en mer. Maintenant, j’approche les 6 000 euros. La dif­fé­rence de prix est énorme et ça continue de grimper », affirme-​t-​il, désabusé. Une situation qui frappe de plein fouet ses salariés. Ils tou­che­ront 500 € de moins sur leurs salaires de ce mois-​ci : « On prend le chiffre d’affaires, on enlève les frais de la semaine, les coûts du bateau et ce qu’il reste se partage entre l’équipage. Donc, plus le gazole coûte cher, plus la part de chacun fond », explique le pêcheur.

Marqué par les chocs suc­ces­sifs, de la pandémie de Covid‑1, du Brexit et de la guerre en Ukraine, c’est désormais la guerre qui secoue le Moyen-​Orient qui pénalise fortement les pêcheurs français. © Fayka Madi Soilihi

La filière pêche appelle à l’aide au gouvernement

Selon le président du Comité régional des pêcheurs des Hauts-​de-​France, Olivier Leprêtre, le carburant repré­sente l’un des premiers postes à charges pour la filière de pêche. Ces niveaux de prix menacent direc­te­ment la viabilité éco­no­mique de nombreux armements à la pêche : « Cette guerre en Iran nous fait beaucoup de tort. Il faut à tout prix qu’on ait une aide sub­stan­tielle du gou­ver­ne­ment. On a les pêcheurs mais il ne faut pas perdre de vue que derrière il y a toute une filière. S’il n’y a pas de poisson, bien évi­dem­ment que la filière meurt ». Il ajoute : « Au-​delà de 60 centimes de gazole toutes les entre­prises de pêche ne sont pas viables. » Aujourd’hui c’est toute une filière qui appelle à l’aide.

Du côté des pouvoirs publics, le vendredi 13 mars, la ministre déléguée chargée de l’Énergie, Maud Brégeon et la ministre déléguée chargée de la Mer et de la Pêche, Catherine Chabaud, ont rencontré les repré­sen­tant de la filière pêche afin d’échanger sur l’augmentation du coût du pétrole lié à la Guerre au Moyen-​Orient. Au cours de cette réunion, plusieurs enga­ge­ments ont été pris afin de limiter l’impact de la flambée du carburant sur l’activité marine, notamment le réexamen d’un soutien à travers des dis­po­si­tifs fiscaux existants. Par ailleurs, les réseaux bancaires étu­die­ront, au cas par cas, les situa­tions des armements confron­tés à des dif­fi­cul­tés de tré­so­re­rie. La filière espère que ces mesures seront mises en œuvre rapi­de­ment afin de permettre la poursuite de l’activité dans les ports.

A cause de l’augmentation du prix du gazole les salariés de la mer vont subir un gros manque à gagner. © Fayka Madi Soilihi
Pourquoi une telle hausse des prix du carburant ?
La hausse des prix du carburant s’explique en grande partie par l’escalade du conflit au Moyen-​Orient, réduisant le trafic des pétro­liers dans le détroit d’Ormuz, un passage clé où transite près d’un cinquième du pétrole mondial. Ces per­tur­ba­tions réduisent l’offre et font grimper les prix sur les marchés inter­na­tio­naux. Fortement dépen­dante des impor­ta­tions de pétrole brut, la France subit direc­te­ment ces hausses, qui se réper­cutent sur les car­bu­rants utilisés au quotidien, notamment par les pêcheurs.

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