« Un club, deux villes et des valeurs » : la folle ascension du RC Roubaix-​Wervicq, club de football 100% féminin

C’est une ascension aussi ful­gu­rante qu’i­nat­ten­due. Créé en 2017, le RC Roubaix-​Wervicq est un des seuls clubs 100% féminin de l’hexagone, une véritable exception dans un milieu où ces for­ma­tions évoluent souvent dans l’ombre des struc­tures mas­cu­lines. Promue cette saison en deuxième division à la suite d’un heureux coup du destin, l’équipe nordiste porte la réussite d’un modèle.

Qui dit septembre dit reprise du football partout en France. Pour le RC Roubaix-​Wervicq, ce nouvel exercice 2026 – 2027 s’ap­pa­rente à un véritable saut dans l’inconnu, qui se déroule pour l’instant de la meilleure des manières. Fortes d’une première victoire offi­cielle glanée fin août face au Mans lors de la toute nouvelle Coupe de la Ligue féminine, les Roubaisiennes ont fait des débuts très hono­rables en Seconde Ligue ce dimanche 13 septembre. Si elles ont mené au score pendant presque toute la rencontre face à Metz, elles ont fina­le­ment dû concéder le nul sur un but dans le temps addi­tion­nel (1−1). Un lancement quasi idéal pour un club encore en pleine struc­tu­ra­tion, à l’histoire encore très récente.

Une place dans un football féminin en crise

Rappelons que les Nordistes accèdent à la Seconde Ligue à la faveur d’un double concours de cir­cons­tances avec l’abandon de la section féminine par le Stade de Reims et le refus de Rodez d’être repêché. Dauphine de Bourges la saison passée, l’équipe a su saisir sa chance. Meilleure attaque avec 74 buts marqués, le club a tenu à com­mu­ni­quer sur les réseaux sociaux son enthou­siasme face à cette saison his­to­rique, conclue par l’ac­ces­sion en Seconde Ligue : « Cette montée récom­pense le travail, l’engagement et la passion de toutes celles et tous ceux qui font vivre notre club au quotidien. Joueuses, édu­ca­teurs, diri­geants, bénévoles, par­te­naires, sup­por­ters, familles : cette réussite est la vôtre ».

Pour Jean-​Baptiste Gallen, le fondateur du club, cet exploit sportif est l’op­por­tu­nité de concré­ti­ser son vœu le plus cher, celui de faire de Roubaix un « petit LOSC ». Pendant l’été, son projet a été validé par le gendarme financier (la DNCG), chose rare dans un football féminin en pleine crise struc­tu­relle, où les exemples de clubs pro­fes­sion­nels sacri­fiant leurs struc­tures féminines se mul­ti­plient (à l’image des Girondins de Bordeaux, du Nîmes Olympique ou de l’US Orléans).

Mais ces exemples, très commentés, ne sont pas des excep­tions lorsqu’il faut plonger vers la face cachée de l’iceberg… Dans le Douaisien, le football féminin bat de l’aile, et ce depuis de nom­breuses années. Trois ans après la chute du Foot Féminin Douaisis (FFD), 230 licen­ciées et édu­ca­teurs se sont retrouvés sans rien, sans pos­si­bi­lité pour elles de toucher à nouveau un ballon dans une structure qui pensait comme elles et pour elles. Malgré lui, le club rou­bai­sien masque le mauvais côté de ce football qui se cherche encore, et compte sur sa place dans l’an­ti­chambre du football féminin en France pour faire face à ceux qui peinent à voir dans ce sport, supposé exclu­si­ve­ment masculin, un avenir pour les femmes.

Viser plus haut, toujours !

Sur le plan sportif, l’intersaison n’a pas été de tout repos pour Bruno Antunes. Arrivé en juillet dernier, le tacticien portugais compte aider le club en s’appuyant sur sa solide expé­rience du football féminin engrangée en Belgique, au Portugal et aux États-​Unis : « Mon effectif est composé de nom­breuses nouvelles joueuses qui apprennent encore à se connaître », confiait celui qui découvre la Seconde Ligue française. Dans un club aux faibles moyens, recruter à tout bout de champ ne suffit pas.

Pour grandir, la structure mise énor­mé­ment sur la formation, qu’elle met régu­liè­re­ment en avant sur ses réseaux sociaux sous la seule devise : « Un club, deux villes et des valeurs ». La dernière Roubaisienne sortie du nid se nomme Élise Cabre. À 17 ans, et après deux saisons chez les U18, la jeune joueuse s’est offert ses premières minutes avec le groupe pro­fes­sion­nel en ce début de saison sur la pelouse du mythique Vélodrome. Tout un symbole. Élise figure parmi les quelque 200 licen­ciées du RC Roubaix-​Wervicq, réparties au sein de neuf équipes. Une orga­ni­sa­tion qui fait écho à l’ambition initiale de son fondateur : « Je veux que chaque fille puisse jouer au football, peu importe son âge, son niveau ou sa condition » résume Jean-​Baptiste Gallen.

Dans cette même dynamique d’inclusivité, le club vient d’i­nau­gu­rer la toute première section de cécifoot féminin en France. Un projet avant-​gardiste mené main dans la main avec l’Institut des Jeunes Aveugles de Lille (IJA) et Toussaint Akpweh, sélec­tion­neur de l’équipe de France de cécifoot, fraî­che­ment sacré champion para­lym­pique aux Jeux de Paris 2024.

Bref, le RC Roubaix-​Wervicq est réso­lu­ment en avance sur son temps et cultive son ori­gi­na­lité avec l’espoir d’en faire, un jour, la norme.

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