Apprendre le monde en musique à la Philharmonie de Paris

Dans les bureaux de la Philharmonie de Paris, on ne se contente pas de faire entendre des cultures venues d’ailleurs. On les transmet, dès l’enfance, à travers une pédagogie fondée sur l’écoute, le collectif et l’ouverture à l’autre. 

Une ins­ti­tu­tion qui mise sur l’ouverture au monde

Le soleil se reflète sur les milliers d’oiseaux de métal qui composent la façade si carac­té­ris­tique de la Philharmonie de Paris. À l’intérieur, le silence semble feutré. Les touristes enthou­siastes baissent la voix. On chuchote, comme si la musique était déjà là, flottant dans l’air.

Dans son bureau, l’Italienne Luciana Penna accumule les livres et les ins­tru­ments venus d’ailleurs. Ethnomusicologue de formation, elle est aujourd’hui res­pon­sable éducative des musiques de tradition orale et de l’interculturalité. En 1995, avant même que celle-​ci n’arrive en France, l’institution mettait en place un premier atelier de gamelan javanais, cet emblé­ma­tique ensemble d’instruments aux réso­nances de bronze. Depuis, cette ouverture aux tra­di­tions du monde entier n’a cessé de s’agrandir.

Aujourd’hui, plusieurs dizaines de tra­di­tions musicales y sont ainsi présentes, dans les ateliers comme dans les concerts ou le musée : « c’est un choix fort, culturel et politique », met-​elle en avant. « Nous sommes en France, un pays mul­ti­cul­tu­rel. Ce serait incom­pré­hen­sible qu’une ins­ti­tu­tion comme celle-​ci ne s’ouvre pas à ces musiques », ajoute-​t-​elle.

Transmettre sans trahir

Dans les ateliers de musique de tradition orale, il n’y a pas de partition. « C’est déjà une entrée dans la culture de l’autre. » L’apprentissage passe par l’écoute, la repro­duc­tion et la pratique collective.

Dans les salles d’étude tamisées, des ins­tru­ments aux formes et aux tailles variées sont exposés. Ils sont tous authen­tiques, fabriqués dans leur pays d’origine. Mais dans cette salle aux allures de musées, on ne touche pas qu’avec les yeux. Délicatement, les mains de dizaines d’enfants, de pas­sion­nés et d’amateurs ont découvert ces objets rares aux mélodies par­ti­cu­lières. « On ne peut pas tout trans­mettre, c’est trop riche. Mais on part toujours d’une base réelle appar­te­nant à la culture choisie, qu’on enrichit au fur et à mesure. » Une manière d’adapter sans dénaturer.

Car le point majeur de ces ateliers, pour Luciana Penna, c’est qu’ils soient faits de la manière la plus fidèle et juste à la tradition. Cela passe par les ins­tru­ments, et par les inter­ve­nants, tous soi­gneu­se­ment choisis. « Ils sont des repré­sen­tants de ces cultures, par eux-​mêmes, par leurs parents ou par le fait d’avoir vécu dans le pays concerné. Ils sont reconnus par leurs pairs », souligne l’ethnomusicologue. Dans la société française, marquée par la diversité cultu­relle, cette démarche prend une dimension toute par­ti­cu­lière. Mais pour cela, « il faut regarder à 360 degrés, et ne pas imposer ses propres codes », insiste l’Italienne. « Il faut être dans une position d’humilité vis-​à-​vis du monde et de l’autre. »

Dans le silence des couloirs, la musique ne résonne pas toujours. Mais derrière les portes, tous s’affairent à partager ce monde riche pour qu’elle soit à la portée de tous.

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