Dans un contexte marqué par la guerre et les crises migratoires, la France reste un pays d’accueil pour de nombreux réfugiés. À Paris, plusieurs associations contribuent à leur insertion, chacune à sa manière. Parmi elles, Pierre Claver propose une approche fondée sur la langue, la culture et le lien social.
En plein cœur du XVe arrondissement de Paris, loin des campements de fortune du nord de la capitale, des voix s’élèvent pour apprendre le français. Parfois hésitantes, mais toujours déterminées. Ici, loin des caricatures de l’immigration, se joue une autre réalité : celle d’hommes et de femmes qui reconstruisent leur vie, accompagnés par une association au modèle singulier. Fondée en 2008 par Ayyam et François Sureau, Pierre Claver incarne la chance d’un avenir, au sein d’une France qui accueille chaque année des dizaines de milliers de réfugiés. L’école, gratuite, s’anime chaque soir pour leur venir en aide. Venus d’Afghanistan ou encore d’Ukraine, ils y apprennent la culture pour se bâtir une vie « à la française ».
À Paris, la réalité frappe fort : fin novembre, 663 tentes abritaient environ 1700 personnes, tandis que 1 500 places d’hébergement disparaissaient en ce début d’année. Le Secours Catholique ou France Terre d’Asile gèrent l’urgence. Pierre Claver, elle, cible les réfugiés adultes, motivés pour s’intégrer. Chaque année, 400 d’entre eux passent ses portes.
Une école pour apprendre à vivre en France
À Pierre Claver, apprendre le français ne suffit pas. Les élèves suivent également des cours de poésie, d’histoire, de compréhension des institutions ou encore de débats. L’objectif ? Décrypter les mystères d’une République dont ils ignorent parfois tout. La culture devient parfois un lien entre leurs racines et leur nouveau départ.

C’est le cas de Massoud, jeune Afghan accueilli par l’association à seulement 18 ans. Très attaché à sa foi, il n’avait jamais envisagé de s’approcher d’un verre de vin. Lors d’un séjour en Bourgogne, un vigneron lui montre qu’on peut sentir et goûter le vin sans l’avaler. Massoud reproduit exactement les gestes, puis reconnaît dans les arômes un souvenir des fleurs de cognassier du nord de son pays. Aujourd’hui, il travaille dans le vin sans jamais en boire une goutte. Son parcours montre que ces hommes et ces femmes réussissent à trouver leur place sans renoncer à qui ils sont. « Cette France qui offre sa protection n’est pas un territoire sans nom et sans histoire », rappelle Ayyam Sureau. Comprendre les libertés individuelles, l’égalité entre les sexes ou la laïcité nécessite un travail pédagogique patient. Il ne s’agit pas d’imposer, mais d’expliquer. L’association fonctionne aussi comme un vrai lieu de vie.
Parce qu’aider doit être collectif
Particularité notable : Pierre Claver ne sollicite pas de subventions directes de l’État. Si celui-ci joue un rôle essentiel dans l’accueil administratif et social des réfugiés, l’association défend une autre vision de l’intégration. Entreprises, bénévoles et citoyens sont ainsi invités à contribuer, que ce soit par le mentorat, le financement ou l’accompagnement professionnel. Ce modèle a permis, depuis 2015, à plus de 200 élèves d’accéder à de longues études grâce à un programme de bourses.
À Paris, comme ailleurs, l’intégration des réfugiés demeure un défi. Mais derrière les chiffres et les clichés, des initiatives comme Pierre Claver dessinent une autre perspective. Celle d’une hospitalité exigeante, mais assumée. « C’est au nom de tous les Français, que la France accueille des étrangers qui sollicitent sa protection », rappelle-t-elle. Une responsabilité collective, qui dépasse les murs d’une école.