Dimanche 27 septembre, 80 stands de petits créateurs locaux se sont installés à Saint-André-lez-Lille, à l’occasion du Festival d’automne. Bijoux, bougies, céramiques : ici, chaque objet est fabriqué à la main, parfois même juste derrière les étals. Sensibles aux questions environnementales, les consommateurs sont de plus en plus attirés par ces productions locales et artisanales. Mais sont-ils prêts à en payer le prix ?
Dans les allées, les visiteurs déambulent, s’arrêtent, discutent avec les créateurs et repartent, parfois, un petit paquet à la main. « Il y a tellement de monde, on dirait la Braderie de Lille », lance un homme en entrant dans le festival. Malgré le succès rencontré par ce type d’événement, les créateurs ont du mal à vivre de la vente de leurs productions.
« Les clients ne veulent pas y mettre le prix »
Depuis un an et demi, Emilie vend ses créations en couture sur sa boutique en ligne, dans des boutiques partagées et des festivals. Pourtant, elle ne vit pas de son activité et bénéficie, jusqu’au mois de juin, d’un complément de salaire de Pôle Emploi. Elle constate que « les clients ont de plus en plus envie d’acheter local et artisanal, parce qu’ils en ont marre de la fast fashion », mais qu’ils « ne veulent pas y mettre le prix ». La fast fashion a, selon elle, habitué les consommateurs à des « prix au ras des pâquerettes ».
À l’annonce du prix, les réactions étaient souvent immédiates : « Ils faisaient un bond en arrière ». Joséphine, créatrice de bijoux et d’accessoires en couture, a dû revoir à la baisse les tarifs de certaines de ses pièces : « Les bananes étaient à 52 euros, mais maintenant qu’elles sont à 47, elles se vendent mieux ».
Se démarquer des grandes enseignes
Face aux grandes enseignes, le coût du fait-main reste élevé. Alors, « il faut se démarquer, leur montrer qu’ils peuvent trouver des produits qui n’existent nulle part ailleurs », mais « c’est difficile car la fast fashion s’inspire des créations des petits créateurs ». Elle mise donc sur la personnalisation. Les clients peuvent passer commande et choisir les tissus, puis recevoir leur commande dans un délai de trois semaines. Un service qui en séduit certains : « Tu peux choisir les couleurs, c’est génial ! J’ai pris son contact pour lui passer une commande ». Mais qui en refroidissent bon nombre : « Sur internet ça marche mieux : dans les festivals, les gens veulent partir avec le produit tout de suite ».
Ce qui se cache derrière les prix
Du côté des acheteurs, Heaven reconnaît ne pas avoir l’habitude d’acheter local. Ça lui arrive « très occasionnellement », notamment dans les festivals. « Si c’était moins cher, je le ferais plus ». Adeline, les bras chargés de fleurs en feutrine, de boucles d’oreilles et d’un puzzle, achète, elle aussi, rarement auprès de créateurs locaux. Ces achats sont réservés à certaines occasions, notamment pour faire des cadeaux, à l’approche de Noël ou pour des anniversaires.
Pour Amel, créatrice de bougies, les festivals sont justement l’occasion d’expliquer ce qui se cache derrière les prix : coûts des matières premières, temps de fabrication… Elle y met en avant ses choix environnementaux : fabriquées en France, ses bougies sont aussi véganes et sans OGM. Enfin, le contact direct lui permet de faire découvrir le parfum de ces créations, difficiles à apprécier sur internet. « Les clients peuvent sentir mes bougies et constater qu’elles sont plus odorantes que les bougies industrielles. » À voir si cela suffit à leur faire oublier leur budget.