Ils défilent au cœur des fêtes populaires, de la ducasse au carnaval, mais leurs secrets restent sous les costumes. À Wormhout, l’exposition « Sous les jupes des géants » dévoile cet univers méconnu et pose une question : qui portera ces figures demain ?
De l’osier, du bois et du papier mâché : derrière les géants se cache un savoir-faire ancien. Apparues dans les processions religieuses à la fin du XIVe siècle, ces figures sont devenues des personnages de parade, généralement réalisées à l’effigie d’un métier ou d’une légende. Dans les Hauts-de-France, leur présence s’inscrit dans une culture flamande chère à la ville : le beffroi la symbolise, le géant la personnifie. La tradition des « Géants et dragons processionnels de Belgique et de France » est inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco depuis 2008.
À Wormhout, ils sont douze. L’exposition, organisée du 11 au 19 septembre à la médiathèque, montre ce que le public ne voit pas : invention, fabrication et rénovation de ces figures. Un rite vivant, mais confronté au vieillissement de ses adeptes. L’association des Amis des Géants Wormhoutois compte pourtant des jeunes, dont la cadette est âgée de huit ans. « On ne fait que passer, nous », rappelle Pascal Gustin, président de la Fédération des Géants des Hauts-de-France.
« Transmettre un géant, c’est transmettre l’Histoire. »
Pascal Gustin
Le défi est concret : à Lille, Raoul de Godewarsvelde mesure 5,20 mètres et pèse 120 kilos à lui seul. Quatre porteurs sont nécessaires pour lui donner vie et lui permettre de parcourir les rues de la capitale des Flandres. Chaque sortie repose, d’après la coutume, sur leur bonne volonté au vu des 1 200 géants qui jonchent le territoire.
Mais à Wormhout comme ailleurs, le flambeau semble surtout se passer en famille. Pascal Gustin constate que les jeunes engagés sont souvent les enfants de bénévoles déjà impliqués. Le paradoxe est là : la tradition ne disparaît pas, mais son renouvellement reste à élargir.

Une passion portée de père en fils
Elle ne devait être qu’un passe-temps de confinement. En 2020, Tom Bécue fabrique Camille l’infirmière dans l’atelier de son père, président de l’association des Winnez’Éloi. Faite d’abord avec un ancien rideau, la géante de 1,60 m et 7 kg attire l’attention sur les réseaux sociaux, jusqu’à être adoptée par la commune. Dans les cortèges, Tom la porte, rejoint par ses frères et cousins, une dizaine d’enfants se relayant pour la faire défiler. En attendant, Camille est à retrouver en lieu et place de la fameuse exposition.