À Boulogne-​sur-​Mer, les pêcheurs tiennent le cap malgré la flambée du gazole

Alors que les pêcheurs du Sud ont fait entendre leur colère ces derniers jours face à la hausse des prix du gazole et aux pro­blé­ma­tiques liées au plan WestMed, la contes­ta­tion n’a pas eu le même écho dans le Nord, où les bateaux du port bou­lon­nais ont continué à prendre la mer.

Alors que le monde de la pêche est secoué par la hausse du prix du gazole, les pêcheurs de Boulogne n’ont pas suivi leurs homo­logues du Sud, même si « les pêcheurs du Nord sont extrê­me­ment inquiets », résume Étienne Dachicourt, directeur général de la Coopérative maritime étaploise. Boulogne-​sur-​Mer, premier port de pêche de France, est lui aussi confronté à des dif­fi­cul­tés dif­fé­rentes de celles ren­con­trées dans le Sud. Les pro­fes­sion­nels y font notamment face aux consé­quences du Brexit. « On a aussi des pro­blé­ma­tiques de quotas mais on a aussi des problèmes de coha­bi­ta­tion avec les Anglais », explique Étienne Dachicourt.

Dans le Sud, les pro­fes­sion­nels sont notamment confron­tés au plan WestMed, qui limite les sorties en mer, ainsi qu’à plusieurs quotas. Des pro­blé­ma­tiques qui, pour Olivier Leprêtre, président du Comité régional des pêches des Hauts-​de-​France, ne jus­ti­fient pas toutes une mobi­li­sa­tion nationale : « Les reven­di­ca­tions des pêcheurs du Sud sont exac­te­ment les mêmes que celles de Boulogne, sauf le thon qui, à mon sens, n’avait aucune raison d’être dans les reven­di­ca­tions natio­nales. »

Prolongement des aides du gouvernement

Après le dépla­ce­ment de la ministre déléguée chargée de la Mer et de la Pêche, Catherine Chabaud, le gou­ver­ne­ment a annoncé la pro­lon­ga­tion des aides aux pêcheurs jusqu’au 31 décembre. Une décision accueillie favo­ra­ble­ment par Olivier Leprêtre : « C’est plutôt une bonne nouvelle pour les pêcheurs car la charge du carburant est beaucoup trop élevée. » Mais le dis­po­si­tif ne suffit pas à régler le problème. « Le souci, c’est que le carburant monte toujours donc l’État aura beau abonder, cela ne sera jamais suffisant » souligne Étienne Dachicourt. Ces aides per­mettent néanmoins de maintenir les entre­prises à flot et les salaires des marins. Pour l’instant, « les bateaux qui restent à quai sont rares ». Même lorsque les sorties ne sont pas rentables, les patrons doivent pour­suivre leur activité. « Ils n’ont pas le choix que d’aller en mer, il faut bien des rentrées d’argent, nous n’avons pas le choix », explique Olivier Leprêtre.

« En termes de pêche, le gasoil, c’est le nerf de la guerre »

Pour Étienne Dachicourt, la dif­fi­culté se mesure surtout à la baisse de la ren­ta­bi­lité. « Avec un chiffre d’affaires qui est soit identique, soit plutôt en hausse, la ren­ta­bi­lité des navires a plutôt tendance à baisser », explique le directeur général de la CME. En cause, la hausse des charges : « Tout a augmenté que ce soit l’huile, le carburant mais aussi les engins de pêche.» À Boulogne-​sur-​Mer, le prix du gazole a atteint « des niveaux his­to­riques », estime-​t-​il. Olivier Leprêtre considère, lui, qu’« au-​dessus de 0,60 € le litre, les entre­prises de pêche ne sont plus rentables et à 0,80 € le litre, les entre­prises font faillite ». Autre dif­fi­culté : l’incertitude sur les prix. « Personne n’est capable de dire demain à combien sera le prix du gazole, c’est ça qui est extrê­me­ment compliqué. » Pour les pro­fes­sion­nels, « en termes de pêche, le gasoil, c’est le nerf de la guerre », souligne Étienne Dachicourt.

Une solution durable

Pour les pro­fes­sion­nels, la pro­lon­ga­tion des aides ne peut donc pas consti­tuer une réponse per­ma­nente. Olivier Leprêtre appelle à « une mesure pérenne et surtout euro­péenne ». Il estime notamment qu’une partie de la hausse pourrait être réper­cu­tée sur le prix payé par le consom­ma­teur. Selon lui, « quelques centimes » sup­plé­men­taires sur le prix du poisson pour­raient suffire à absorber une partie des coûts. À défaut, Étienne Dachicourt craint pour la poursuite de l’activité : « Si jamais le gasoil continue de monter comme ça, les bateaux seront obligés de s’arrêter. Ça, c’est indé­niable. »

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