Avec le festival « Sustain », l’Aéronef repense l’environnement du spectacle

Proposer des spec­tacles, mais autrement. C’est le pari du projet « Sustain », le rendez-​vous de l’Aéronef, qui se déroulera du 23 au 27 septembre 2026 dans la métropole lilloise.

« Rendez-​vous dans un autre monde ou dans une autre vie ». Céline Dion chante pourtant bien dans le nôtre. Depuis le 12 septembre, elle se produit à Nanterre pour une résidence jusqu’en mai 2027, et des questions se posent : Greenly estime par exemple les dépla­ce­ments du public sur son ensemble entre 333 000 et 466 500 tonnes de CO₂. Pourtant, les pré­oc­cu­pa­tions concer­nant le dérè­gle­ment cli­ma­tique n’ont jamais autant été actuelles, après cet été 2026, le plus chaud jamais enre­gis­tré depuis 1900. L’Aéronef prend justement le contre-​pied de ce monde du show en repensant la musique avec le festival « Sustain ». Benoît Olla, directeur de l’Aéronef, le décrit comme « un labo­ra­toire public », où pendant cinq jours, une question fédère : comment faire culture, sans « faire du gigan­tisme » ? La musique reste au premier plan, mais sous diverses formes. Au cours des cinq jours, « Sustain » fait se croiser la voix d’Aloïse Sauvage et le piano jazz de Madeleine Cazenave, parmi une pro­gram­ma­tion qui mêle plusieurs esthé­tiques musicales. Quatre projets de création, dont le collectif « Vivantes », formé pour l’occasion par quatre musi­ciennes des Hauts-​de-​France, viennent également ponctuer le festival. Une place est ainsi donnée aux expé­ri­men­ta­tions, comme « Zero Carbon Records », qui imagine des concerts avec une énergie décarbonée.

Jeanne Desf, Coline Dangre, Waterlily, Léonie Young dans le projet de création « Vivantes » © Hugo Bernier

Réduire le tempo

« Sustain » prolonge des pratiques que l’Aéronef développe toute l’année. Danièle Ludvig, chargée de l’information à l’Aéronef, reven­dique des « pro­grammes physiques papier dans les condi­tions les plus rai­son­nables possibles, avec un système d’impressions recto-​verso, un nombre d’exemplaires rai­son­na­ble­ment dimen­sionné lui aussi ». Cette com­mu­ni­ca­tion sobre s’inscrit dans la conti­nuité. L’Aéronef cherche aussi à limiter les allers-​retours des artistes, en favo­ri­sant notamment leur présence sur deux jours plutôt qu’un passage pour une seule date. Alors que, selon l’Ademe, près de 70 % des émissions de gaz à effet de serre associées à un festival de musique sont liées au transport, dont 58 % à la mobilité du public. C’est pourquoi, après trois éditions, l’Aéronef voit bien au-​delà d’un projet ponctuel : qu’il « devienne un rendez-
vous labellisé une fois par trimestre » et des tournées « adoucies » et pensées à l’échelle du ter­ri­toire. Cependant, le festival « Sustain » ne cherche pas à faire de l’éco-anxiété son moteur. Danièle Ludvig défend au contraire un rendez-​vous où l’on peut inter­ro­ger ces contraintes tout en conti­nuant à « vivre des concerts dans la joie ». L’enjeu de « Sustain » est donc de réfléchir autour de la musique aujourd’hui, pour continuer à la célébrer demain.

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