Samedi dernier, alors que la rue Nationale de Lille accueillait près de 300 manifestants pour protester contre le mal-logement, un homme sur le trottoir se contentait de regarder passer le cortège, en partageant pourtant ses revendications. Concerné par la fin de la trêve hivernale qui s’achèvera le 1er avril, Philippe ne croit plus au pouvoir de la mobilisation, et fait la manche pour essayer de faire face à la montée des prix.
“Un meilleur soutien aux plus précaires face à l’augmentation des prix”. C’est l’une des revendications mises en valeur sur les tracts, distribués à qui le souhaite autour de la Grand-Place. Philippe, 58 ans, vit à Roubaix dans un logement précaire qu’il partage avec des amis. Alors que les manifestants défilent au rythme des chants lancés par la CGT, il arrête les passants depuis déjà quelques heures. “Oui j’ai bien vu la manif, c’est pour le logement. Moi je n’y vais plus depuis longtemps”. Il avoue avoir cessé d’espérer pouvoir changer quelque chose par la revendication, bien qu’il “soutienne quand même de loin”. Selon la Fondation pour le logement des Hauts-de-France, près de 250 000 ménages sont en attente d’un logement social dans la région.

Un soupçon d’espoir
Malgré un désintérêt assumé pour la manifestation, le vieil homme garde une forme d’optimisme. “J’ai vu que le nouveau maire avait promis de faire des choses pour le logement. J’espère que c’est vrai”. David Guiraud, maire LFI récemment élu dans la ville la plus pauvre de France, consacre effectivement neuf pages de son programme à la question du logement. Philippe, qui vit aujourd’hui uniquement des allocations, a choisi d’y croire, et dit avoir voté aux dernières municipales. En pleine rue, il garde le sourire et fredonne du Johnny Halliday, malgré un désespoir croissant. “Tout est tellement cher, la nourriture, le logement”. Au loin, les pancartes s’éloignent progressivement, et Philippe continue à faire la manche.
