À Lille, l’association Passer’elles fait du sport un moyen de se réapproprier son corps. Depuis 2010, elle propose aux femmes des activités réservées aux femmes et place au centre de son projet la sororité et l’acceptation de soi. Nous avons assisté au cours de Pilates du mardi midi.
Dans le dojo de l’association Passer’elles, les adhérentes se préparent pour le cours de Pilates dans des conversations animées. Ici, plus qu’une pause dans leur journée, une parenthèse sécurisante s’installe. Sur les tatamis, une trentaine de femmes se fraient un chemin pour placer leur tapis de gym, sous les consignes d’Alessandra Machado, la fondatrice et éducatrice sportive.
Des expériences pour que les femmes reprennent leur place
La musique s’élève et la cadence s’accélère : « On s’engage pour un corps vivant, un corps qui bouge, un corps qui sent et pas un corps qui se ferme, un corps qui se rétrécit, un corps qui s’aplatit encore, qui se réduit », scande-t-elle à l’assemblée. Elle concrétise cette idée en faisant bouger un seul bras à toutes les adhérentes durant quelques minutes. Puis elle stoppe tout et leur demande de comparer leurs deux bras : celui qui a pris l’espace est visiblement plus long et plus tonique, « si les muscles commencent à trembler, c’est que c’est bon ! ». Elle résume : « Plus on lâche prise et plus on prend la place qui nous est due ».

« Sans corps, il n’y a pas de tête, sans tête il n’y a pas de corps. »
C’est ce regard sur le corps qu’Anaïs, 35 ans, vient chercher depuis trois ans à Passer’elles : « Quand je suis au sein de Passer’elles, c’est peut-être le seul endroit où je m’en fous si je me suis épilée ou pas, ou si on voit ma cellulite. » Elle voit désormais son corps « comme l’enveloppe qui permet de transporter sa pensée ». En particulier, sa grossesse, Passer’elles « [l’a] beaucoup accompagnée dans [sa] grossesse et dans [son] projet d’accouchement ».
Dehors, le regard est toujours là
Mais le regard de la société sur les corps ne s’envole pas si facilement. Dans la rue, les premières pensées d’Anaïs se tournent vers son legging, qu’elle juge « un peu moulant et à moitié transparent ». À Passer’elles, Anaïs pense moins à l’apparence de son corps. Le regard des autres revient pourtant. « Ça n’a pas complètement déconstruit ça », reconnaît-elle.
Une publicité au cœur de la polémique
Début septembre, la plateforme de paris sportifs Novig a dévoilé une nouvelle campagne publicitaire axée sur le corps d’une femme. L’actrice de 29 ans Sydney Sweeney y apparaît seule et presque nue, pendant près d’une minute, dissimulée derrière des ballons et autres accessoires de sport. Elle affirme vouloir célébrer « just sports ». Des sportives ont dénoncé cette hypersexualisation du corps féminin dans le sport. La sprinteuse britannique Amy Hunt a répondu franchement à la publicité : « Sydney Sweeney, voilà à quoi ressemblent les femmes dans le sport. Les muscles. Travail acharné, sang, sueur, larmes. » Pourtant, Alessandra Machado refuse de « blâmer une sœur » : « Je considère que le corps des femmes doit être ce que les femmes souhaitent qu’il soit. ». Sur la publicité de Sydney Sweeney, elle n’a donc « pas d’avis tranché ».