« Bar à flan, bar à pâte, bar à tomate, bar à mozzarella, bar à thon, bar à con, on n’en peut plus. » L’ouverture d’un commerce à l’enseigne « bar à » suffit désormais à déclencher son lot de moqueries. Le phénomène, pourtant, ne faiblit pas.
À Lille, La Part défend son statut de bar à flan loin des clichés du genre. Sacha, qui travaille avec la maison Savary, revendique une exigence de qualité : « Tout est traçable, on a été élu meilleur flan de France en 2025. » Sur le nom, il s’en explique par la logique du métier : « On n’est pas pâtissiers, on vend uniquement le produit, c’était plus logique de s’appeler bar à flan, ce n’est pas du tout pour suivre une hype. » Il balaie également l’image d’un concept sorti d’une école de commerce : « Derrière, il y a mon père et son associé, des experts dans ce qu’ils font. On ne surfe pas sur une tendance, on pense qu’il y a de la place pour tout le monde. »
Du bar à soupe au « Jus de chaussettes »
Le rapport au nom est tout autre du côté du Bar à Chaussettes, où l’enseigne relève du hasard plus que du calcul. Ani, créatrice du concept, raconte : « Avant, notre local était un bar à soupe. Alors, quand on a lancé notre boutique, on a décidé de l’appeler bar à chaussettes. Les gens sont attirés par l’enseigne, ils nous demandent parfois si on vend du jus de chaussette » précise-t-elle en rigolant. Après cinq ans d’existence, elle relativise ses propres intentions : « On trouvait le nom rigolo, il n’y avait pas d’idée particulière derrière. Mais vous avez raison, maintenant je vois l’étiquette bar à… partout. » Sa vendeuse, Amandine, se montre plus sévère sur la tendance en général : « Ce sont souvent des boutiques éphémères, montées par des gens d’école de commerce, et hyper chères. Ça ne marche que le temps que le buzz fonctionne. »
Du côté des clients, l’agacement domine
Pour Noémie, l’étiquette n’a souvent aucun rapport avec la réalité du commerce : « C’est ridicule de mettre des connotations de bar alors que c’est juste une boulangerie. C’est pour utiliser des mots trendy comme sur Tik Tok, ça fait bien, surtout pour les bobos qui aiment les trucs qui font classe. » Blanche pointe surtout le rapport au prix et à l’espace urbain : « Je trouve ça cher payé, c’est souvent juste un truc cheap, et ça marche parce que c’est dans un endroit branché. Ce n’est pas un truc qui fait de mal, c’est juste un truc capitaliste. Mais ça embourgeoise les quartiers, et ça, c’est moins bien. »
Entre le flan tracé jusqu’à la ferme et la chaussette qui fait sourire les passants, la même étiquette recouvre des réalités opposées : ici un vrai savoir-faire qui cherche à s’en démarquer, là un clin d’œil sans arrière-pensée devenu malgré lui symbole d’une mode. Reste que le mot, lui, ne trompe plus personne : à force d’être collé à tout, « bar à » agace autant qu’il ne donne envie.