Les rayons du soleil traversent les rideaux de la chambre, le réveil sonne, il est l’heure de se lever. Comme tous les matins, on se dirige dans la cuisine pour se préparer un café et se réveiller en douceur. Chaussons enfilés, on marche lentement vers la cafetière, on relève machinalement les yeux vers l’horloge et soudain, c’est la panique. Il n’est pas du tout 7 h 15, il est 8 h 15 et on est plus qu’en retard.
Après s’être habillé en vitesse, on attrape notre téléphone pour appeler le bureau et prévenir quand on s’arrête net devant les chiffres qui s’affichent sur l’écran : il n’est pas 8 h 45, il est 7 h 45, et on est pile à l’heure comme tous les jours. Voyage dans le temps ? Rapidité digne d’un super-héros ? Non, non. On s’assoit en voiture et tout devient clair, nous sommes le dernier week-end du mois de mars et on vient de changer d’heure.
Un changement qui s’en va et qui revient
En effet, chaque année depuis 1975 dans l’Union européenne, on passe à l’heure d’été au quatrième mois de l’année, et à l’heure d’hiver au dixième mois. La fin mars marque l’arrivée du printemps mais aussi le changement d’heure vers l’horloge estivale. Cette année fixé au dimanche 29 mars, à 2 h 00 il sera 3 h 00. « On perd juste une heure de sommeil, il ne se passe rien, les économies d’énergie sont ridicules, je ne vois pas pourquoi on continue » soutient Yvan, 24 ans, étudiant en gestion comptable.
Cette référence à un gain énergétique correspond à ce qui a mené au changement d’heure il y a 50 ans. Après le choc pétrolier de 1973 – 1974, le choix de régler les horloges sur les horaires solaires afin de faire des économies d’énergie est rentré en vigueur. Aujourd’hui, cette décision est plus que remise en question. Les gens n’en voient plus l’intérêt et les aspects négatifs de cette modification des aiguilles sont nombreux.
Le temps de s’y opposer
« Ce changement perturbe le sommeil, provoque fatigue et pics d’humeur chez beaucoup de gens, et il dérègle l’horloge biologique » explique Margarette, 57 ans, médecin généraliste. Ainsi, nombreux sont les opposants à cette mesure. Jusque dans les institutions européennes, celle-ci est débattue.
En mars 2019, les eurodéputés ont voté pour un projet de directive supprimant le changement d’heure saisonnier. La directive devait être adoptée par le Conseil fin 2020. Cependant, en raison de la crise sanitaire, ce texte n’est plus à l’ordre du jour et ne devrait pas être discuté dans un avenir proche. « On a le temps de rien dans une journée chargée, et en plus de ça, on perd une heure » s’agace Jean, 72 ans, retraité de la Poste. Le passage à l’heure d’été semble bien plus détesté que son jumeau en hiver, pourtant, certains voient du bon dans ce décalage.
Tôt ou tard, le temps passe
« Je peux aller courir en rentrant du travail, il fait encore jour longtemps, et passer plus de temps en terrasse. Tout ça me donne l’impression de plus profiter de la vie » se réjouit Soumia, une diététicienne de 33 ans. Le changement d’heure, c’est aussi ça, perdre une heure de sommeil mais avoir l’impression de bénéficier de plus de temps en fin de journée, plus de temps pour profiter de l’extérieur et se prélasser en pensant aux beaux jours qui s’annoncent plus longs et plus chauds.
Le passage à l’heure d’été rencontre des adeptes comme des opposants, du moins, tant que la mesure restera bloquée au niveau de l’UE, il faudra s’accommoder de ce changement semestriel. « Il suffit de se coucher un peu plus tôt et de passer plus de temps dehors dans la soirée pour voir les bénéfices du changement d’heure » vante Arnaud, restaurateur de 41 ans.
Les rayons du soleil traversent les rideaux de la chambre, on est dimanche matin, on attrape la pendule, on décale l’aiguille d’une heure et on se lance hors du lit. On ouvre en grand pour profiter de la lumière naturelle et resynchroniser notre horloge interne au changement d’heure. On se prépare, on va au travail, on sort à 18 h 30 et on part en terrasse pour fêter l’arrivée du printemps, on réalise qu’il fera encore jour en rentrant, une envie d’aller faire de l’exercice nous anime soudain.
Et si en fait, dans cette perte de temps, on avait gagné en qualité ? C’est bien souvent lorsque quelque chose nous manque qu’on réalise tout ce qu’elle peut nous offrir. On ne rattrapera pas le temps, mais peut-être qu’on peut s’attarder davantage à le regarder s’écouler.