Paris en rayons : ce que les épiceries racontent des diasporas

À Paris, les épiceries du monde témoignent d’une pluralité cultu­relle dans la capitale. Mais si elles convainquent les habitants en quête de plats exotiques, elles racontent surtout des histoires de mémoire et de lien. Autant de lieux où les peuples retrouvent leurs racines au travers des saveurs de leur pays.

Si sur les grands bou­le­vards, le tumulte parisien nous donne le tournis, les petites rues peuplées d’épiceries nous font voyager. Peintes aux couleurs de leur pays, leurs façades nous incitent à entrer. Tandis que l’odeur épicée qui en émane nous donne envie d’acheter.

Des rayons comme fragments de pays

Au 40 rue du Caire, chez Mexicœur, la vitrine bariolée semble éblouir le quartier. Sa pro­prié­taire, Marimal, veut faire de son épicerie « une porte ouverte vers le Mexique, comme un voyage lointain au cœur de Paris ». Aussi solaire que sa boutique, elle aime partager cet esprit : « Je souhaite retrans­crire la chaleur de mon pays avec les couleurs, l’artisanat vivant, pétris de tra­di­tions et des aliments forts en goûts ». Une vision partagée par Nicolàs, patron de La Esquinita, petite épicerie du 36 rue de la Lune : « Au début, on choi­sis­sait les produits importés nous-​mêmes, pour avoir un peu de Mexique ici, et main­te­nant ce sont les clients qui nous demandent ». Dès le pas de porte, la musique mexicaine nous plonge déjà au cœur de cette culture que les clients s’empressent de retrouver : « La gas­tro­no­mie, c’est quelque chose qui unit les Mexicains. Cela fait partie de notre patri­moine ». Mais si les épiceries mexi­caines sont prin­ci­pa­le­ment fré­quen­tées par des natifs, les commerces japonais sont surtout remplis de Parisiens.

Sonoko, employée chez Kioko depuis 4 ans, conseille les clients sur les produits et la cuisine japonaise, soucieuse de bien trans­mettre sa culture. © Alice Vallet

Chez Kioko, au 46 rue des Petits Champs, on troque les étagères colorées pour des nuances plus sobres. Mais le sourire des com­mer­çants au travers de la vitrine attire une multitude de clients : « On a quelques Japonais mais aussi beaucoup de Français qui veulent repro­duire des recettes dont ils ont entendu parler », observe Sonoko, née au Japon et com­mer­çante depuis quatre ans. Ici, les gestes du quotidien se per­pé­tuent, autour du miso, du tofu ou du natto, « qu’on a envie de manger tous les jours », s’amuse-t-elle. Ces lieux répondent aussi à une demande crois­sante des Parisiens : « 90 % des clients sont des Français qui sou­haitent apprendre la gas­tro­no­mie japonaise », assure Sonoko, ravie de partager sa culture et ses conseils culi­naires. Curiosité gas­tro­no­mique, connexion à ses racines ou souvenirs de voyage, une chose est sûre, les épiceries du monde rassemblent.

Des commerces devenus lieux de vie

Au-​delà des produits, ces épiceries sont surtout des lieux de socia­bi­lité : « La gas­tro­no­mie mexicaine est un lien fort entre tous ceux qui ont gouté un jour à ces produits », explique Marimal. Chez Heratchian Frères, une épicerie grecque, libanaise et turque, ouverte depuis un siècle, le lien est encore plus palpable : « On est devenus amis avec la clientèle. On discute de la famille, de notre pays et de notre vie », raconte Sézar, pro­fes­seur Arménien arrivé en France il y a 48 ans. Au 6 rue Lamartine, ce lieu abrite des dizaines d’étales en vrac et bon nombre de senteurs orien­tales, et dépasse la simple fonction marchande : « c’est une maison pour les clients ». Si ces commerces font voyager les Français, ils per­mettent surtout un retour aux sources pour une certaine clientèle.

Sézar, présent depuis 40 ans chez Heratchian Frères et main­te­nant retraité, continue de servir les clients devenus ses amis. © Alice Vallet

Véritables espaces mémoriels, les épiceries du monde sont une manière de retrouver son premier chez soi. Cela commence par un lien culturel avec les bou­ti­quiers : « Les clients peuvent parler leur langue, retrouver les produits de leur pays et partager des souvenirs ». Une trans­mis­sion cultu­relle qui se poursuit : « Maintenant, les petits-​enfants viennent aussi », s’amuse Sézar. À l’heure des grandes surfaces, ces épiceries défendent un autre modèle : « Vous ne pouvez pas trouver cette ambiance dans un super­mar­ché ». Et Sézar dit vrai, on ne peut retrouver une telle chaleur humaine nulle part ailleurs que dans ces petits commerces : « Ce n’est pas une épicerie, c’est un bout de notre culture ».

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