Série Mania, ce n’est pas seulement des projections : c’est aussi l’occasion de découvrir les coulisses et les parcours des artistes. Et la masterclass de Jean-Pascal Zadi, jeudi 26 mars à Lille, a fait forte impression. Derrière l’humour, c’est un artiste complet que nous avons découvert.
Oscar 2021 dans la catégorie Meilleur espoir masculin, Jean-Pascal Zadi voit sa notoriété grimper en flèche. Et pourtant, il reste prudent face à cette reconnaissance. Pour lui, la légitimité n’est jamais acquise : « C’est un travail de toute une vie. Quand je viens sur un plateau, je sais que je suis à ma place… mais si tu commences à te sentir légitime, c’est le début de la fin. »
Aux débuts de sa carrière, il se contentait d’évoquer « l’audiovisuel » plutôt que le cinéma, et aujourd’hui encore, il aime se voir comme « un nul qui surprend tout le monde » : « J’aime bien être celui qu’on n’attend pas. »
Les séries qui ont marqué sa vie
Série Mania a été l’occasion pour Zadi de revenir sur les séries qui ont marqué son enfance. Issu d’une fratrie de huit enfants, il se rappelle des « soirées télé » familiales : « C’était un moyen de rester tous ensemble, assis au salon, à regarder un truc, à partager un moment. » Hélène et les garçons, Salut les Musclés, Les flics de Beverly Hills rythmaient leur quotidien. Fan de Jean-Paul Belmondo, qu’il décrit comme « la base des bases » et « un gars qui avait du charisme », c’est pourtant une autre série venue des États-Unis qui marquera sa jeunesse : Le Prince de Bel-Air. Adolescent , il grandit en Normandie au sein de ce qu’il décrit comme « la seule famille noire » de sa ville. La série devient alors un révélateur : « C’était difficile de se positionner parce que je n’avais pas de référent, et quand Le Prince de Bel-Air arrive, ça m’a permis de m’affirmer et d’être fier de ce que je suis. Ça montre qu’on peut être noir, stylé, et que le hip-hop, c’est bien. »
Même si c’est une production américaine, se sentir représenté lui donne un véritable coup de boost et lui fait gagner en confiance. Aujourd’hui, fini les séries comiques « Je rigole déjà toute la journée », il préfère les séries d’horreur comme Jeffrey Dahmer ou Chernobyl.
« C’est là que tout a été clair dans ma tête, mon destin s’est joué à ce moment-là »
L’audace comme moteur
Son premier projet artistique voit le jour presque par hasard : un documentaire sur le rap, tourné avec une caméra achetée grâce à une carte cadeau Fnac. La nuit, il parcourt les rues, rencontre des rappeurs et capte leurs histoires. Ce qui commençait comme un simple plaisir de filmer se transforme rapidement en véritable film. Et là, c’est un déclic pour le jeune homme : « C’est là que tout a été clair dans ma tête, mon destin s’est joué à ce moment-là. »
Il enchaîne ensuite avec un long-métrage, lancé après une rencontre improvisée dans un bus avec un étudiant en cinéma. Quelques jours plus tard, le tournage commence. En trois ans, Jean-Pascal Zadi réalise trois films.
Puis vient Tout simplement noir, le projet qui change tout. À 38 ans, il estime que tout arrive au bon moment : « Quand tout s’aligne, tout s’aligne. » Pour faire aboutir le projet, il bluffe en laissant entendre que plusieurs acteurs sont déjà partants. Une fois le film lancé, il réussit finalement à les convaincre un par un. « On m’a donné une opportunité, je l’ai saisie. Si je ne faisais rien, rien ne se passerait. »
Cette audace est devenue sa marque de fabrique, jusqu’à proposer un tournage à l’Élysée pour sa série Coexister. Une philosophie simple : oser, toujours.