Alors que la polémique autour de l’écrivain Thélyson Orélien perdure, libraires, lecteurs et spécialistes doivent faire face, à nouveau, aux questions sur l’utilisation de l’intelligence artificielle par les auteurs et dans la sphère littéraire.
L’ écrivain canado-haïtien Thélyson Orélien, qui connaît un large succès en cette rentrée littéraire, est accusé sur le réseau social X d’avoir eu recours à l’intelligence artificielle (IA) pour écrire son roman C’était ça ou mourir, paru aux éditions Grasset. Alors que la polémique enfle ces derniers jours, l’auteur a fermement démenti.
Pangram, un logiciel plutôt fiable
Pour Benoît Raphaël, journaliste et spécialiste de l’IA, il y a « trop de marqueurs de l’IA » dans le texte de T. Orélien comme des constructions antithétiques – dire « ce n’est pas ceci, c’est cela » – mais aussi des trilogues argumentatifs qui se présentent souvent sous forme d’anaphores. « L’IA fonctionne de manière un peu mécanique et systématique », explique le spécialiste. Benoît Raphaël raconte avoir multiplié les tests et précise que Pangram, l’IA qui détecte l’IA et qui a été utilisée pour analyser le livre, possède un taux d’erreur inférieur à 1 %.
Des lecteurs curieux mais prudents
Gérante d’une librairie à Lille, Laurine explique que la polémique n’a pas fait diminuer les ventes du dernier ouvrage de Thélyson Orélien dans sa boutique et que le livre est resté en vitrine. « Les gens sont curieux de voir comment c’est écrit. Ils veulent se faire leur propre avis », explique-t-elle. Au milieu des rayons, Gabriel se pose la question de la valeur des ouvrages écrits grâce à l’intelligence artificielle. Pour lui, donner de la visibilité à un auteur qui a utilisé l’IA peut être problématique. « Est-ce qu’on peut toujours mettre le nom de l’auteur ? Est-ce que ça vaut toujours comme le livre de l’auteur ou le livre de l’IA ? », s’interroge le jeune homme. Sur la polémique, Gabriel préfère tout de même être prudent. « Tant qu’il y a un doute, je préfère ne pas acheter le livre », précise-t-il.
L’IA, une technologie qui effraie les libraires
Bien qu’elle était consciente de l’arrivée de l’IA, Laurine trouve cela « triste d’en arriver là » et considère l’IA comme quelque chose « d’hyper dangereux ». « Cela me paraîtrait très étrange de vivre dans un monde où il y a des catégories IA sur les étagères. Je trouve ça vraiment effrayant », confie-t-elle. En ce qui concerne les labels « sans IA », Laurine est catégorique : c’est aux maisons d’édition de faire quelque chose. Cependant, la libraire se dit « effrayée » par l’arrivée de l’IA dans le monde de la littérature. L’idée d’un label spécifique divise la profession. « Je me demande vraiment si un jour on va avoir un label estampillé sur les livres. Est-ce qu’on va encore créer des choses ou est-ce que c’est l’IA qui va le faire », s’inquiète une autre libraire indépendante de la rue Solférino. IA ou pas IA, le livre de Thélyson Orélien traverse la polémique alors que la sphère littéraire reste encore ébranlée par l’affaire.
Un franc succès
Avec 64 966 exemplaires vendus depuis sa sortie, C’était ça ou mourir connaît un franc succès malgré la polémique. « Il a été plutôt demandé après l’apparition de la polémique. Les gens ont envie de savoir s’ils seraient capables ou non de détecter une écriture faite par l’IA. Mais ce n’est pas de la curiosité mal placée », estime une libraire lilloise de la rue Solférino.