En boucle sur les réseaux et dans les médias, les images des dégâts causés par les manifestations lycéennes pullulent. Pourtant, les professeurs lillois interrogés ont eux-mêmes du mal à citer les demandes de leurs élèves. Au troisième jour des manifestations, les lycéens réfléchissent donc toujours à la meilleure manière de faire entendre leurs revendications.
Mercredi 30 septembre, devant le Lycée Montebello de Lille, ce sont deux manifestations totalement différentes qui coexistent dans la même rue. D’un côté, plus d’une centaine d’élèves installés devant les grilles de leur lycée, armés seulement de pancartes et d’un mégaphone. De l’autre, un groupe plus violent se confronte aux forces de l’ordre. Ils sont pourtant nombreux à partager les mêmes inquiétudes sur leur avenir. Sagement installés devant les poubelles bloquant l’entrée, les plus âgés critiquent le fonctionnement de la plateforme Parcoursup et le nombre de 35 élèves par classe est sur toutes les lèvres. À leurs côtés, d’autres dénoncent plus largement le « manque de moyens » qui impacte leurs conditions d’apprentissage. Une lycéenne raconte par exemple « mourir de chaud » en période de canicule, tandis que les « classes en sous-sols prennent l’eau » l’hiver. Son entourage confirme, évoquant aussi des fissures dans les murs et le manque de mobilier.
Une rue, deux manifs
Après trois jours sans réponse du gouvernement, l’humeur générale sur le boulevard Montebello est donc à la frustration. Les lycéens les plus modérés assistent, médusés, aux affrontements entre des manifestants plus violents qu’eux et les forces de l’ordre. À plusieurs reprises, ces jeunes mettent le feu à des poubelles et vélos, ou lancent des pavés vers les CRS sur place. Ces derniers les chargent régulièrement pour les disperser et laisser les pompiers éteindre les feux. Quatre fois au moins, leurs tirs de grenades lacrymogène atteignent les lycéens pacifiques, forçant notamment une jeune fille asthmatique à fuir les lieux. Au mégaphone, une lycéenne hurle des consignes : « Sortez vos masques, fermez les yeux et ça va passer. Ne vous frottez pas ! ». Au cours des affrontements, du gaz lacrymogène finit même à l’intérieur d’un bus public, touchant une enfant de 10 ans et plusieurs personnes âgées, escortées vers une pharmacie. Joseph, qui distribue du sérum « phy » aux lycéens en pleurs, « ne cautionne pas » la violence des manifestants. Le jeune garçon avoue tout de même à demi-mot « comprendre » les casseurs, considérant que les débordements « ont le mérite d’intéresser les gens ». Dans le même état d’esprit, trois amies du lycée Montebello regrettent elles aussi des « actions contre-productives », sans lesquelles elles précisent qu’il serait « impossible de se faire entendre par les médias ».