Le bistrot de quartier emblématique de Faches-Thumesnil, Le Doulieu, ferme ses portes d’ici le mois prochain. Faute de repreneur, le départ à la retraite de Michel Deloor, son gérant, sonne la fin de cette aventure humaine de plus de 28 ans.
« Il y en a beaucoup qui vont être malheureux, ça c’est sur » regrette amèrement Michel Deloor, gérant du café Le Doulieu à Faches-Thumesnil. Alors que, début janvier, le président Emmanuel Macron a émis l’idée d’inscrire les bistrots au patrimoine immatériel de l’UNESCO, en périphérie de Lille, c’est une énième institution qui annonce sa fermeture. D’ici la fin du mois de février, Le Doulieu éteindra définitivement ses lumières. Une triste nouvelle pour les habitants du quartier, qui, depuis près de 28 ans, franchissent les portes du café à la recherche d’un sourire, d’une accolade ou d’une oreille attentive.
Pas de repreneur pour Le Doulieu
Michel Deloor, 64 ans, tient Le Doulieu depuis 1998, et ce, sans jamais s’être défait de sa bonne humeur. « Je suis la troisième personne à arriver dans cet établissement, même le troisième Michel en fait » précise le gérant du bistrot. Une vocation qui lui est d’ailleurs apparue très simplement. « Mes beaux-parents étaient déjà dans le travail, je me suis dit : Et pourquoi pas moi ? » déclare-t-il. Après quasiment 30 ans de loyaux services, il est temps pour Michel de tirer sa révérence : le gérant du Doulieu annonce son départ à la retraite. Malheureusement, le rachat de sa licence par la mairie empêche tout espoir de reprise, et sonne ainsi la fin du Doulieu. « Ça n’aurait, de toute façon, pas été facile de le vendre parce qu’il manque du passage » avoue Michel, qui a perdu une partie de sa clientèle lors du Covid, en ayant été contraint de fermer l’établissement pendant 10 mois.

Un bistrot de quartier comme on n’en fait plus
« Je m’occupe beaucoup des gens » affirme le gérant du Doulieu, qui connaît personnellement chaque habitué à force de les côtoyer depuis de nombreuses années. Michel rend d’ailleurs des services aux habitants du quartier, comme il le ferait pour ses proches : il fait les courses de ceux qui ne le peuvent plus, réceptionne les colis, surveille les enfants à la sortie de l’école. « Ça ne se fait pas partout » admet-il, assistant, impuissant, à la disparition des bistrots de quartier comme le sien. « Je me suis tellement investi dans l’aide à la personne que certains vont se sentir perdus maintenant, un peu paumés ». Malgré la fermeture du café, et son départ à la retraite, Michel s’engage à continuer d’aider les habitants du quartier autant qu’il le peut. Afin de conserver l’esprit du bistrot, il a même créé un groupe WhatsApp avec ses amis les plus proches, intitulé Au cœur du Doulieu : « Ça restera normalement gravé ». Pour Salvi, un habitué et ami, Michel « est quelqu’un d’extraordinaire à qui on peut demander n’importe quel service. Il est prêt à le rendre et il le rend ».
Les bistrots de quartiers en danger
Alors que les bistrots sont des lieux de vie emblématiques de la culture française, en 2025, il n’en resterait plus que 30 000 contre un demi-million en 1914. Selon France Info, si chaque année 2 200 nouveaux établissements sont créés, 2 700 ferment dans le même temps. Au cours des dix dernières années, ce n’est pas moins de 500 bistrots par an qui ont donc disparu, et les cafés de banlieue, comme Le Doulieu, restent les plus touchés par ce fléau. C’est dans le but de protéger ces espaces conviviaux qui font vivre les quartiers, que le président Emmanuel Macron a proposé l’inscription des bistrots au patrimoine immatériel de l’UNESCO.
Un départ entre nostalgie, rêves et festivités
Michel quitte Le Doulieu le cœur lourd, mais des rêves pleins la tête : « Mon projet, c’est de voyager. New York, ça me plaît bien ». Pour financer son voyage, il a mis en place une cagnotte à destination de ses clients et amis. Sa voisine lui a ainsi confectionné, à la main, une boite haut en couleur, où les plus généreux pourront y glisser quelques billets. En parallèle de ce grand voyage, un autre événement s’organise : les proches du Doulieu ont été conviés, fin février, à célébrer le départ à la retraite de Michel. Pour l’occasion, la mairie a même accepté de privatiser la rue Gambetta, devant le café, et met à disposition tables et tonnelles. Des vigiles sont prévus pour assurer la sécurité et contrôler les entrées. Michel n’a pas lésiné sur les moyens pour fêter comme il se doit la dernière soirée au Doulieu.
Le phare de ce quartier de Fache-Thumesnil s’éteindra définitivement d’ici un mois, mais continuera de briller longtemps dans les cœurs des habitants.