L’âme de Montmartre face au tourisme de masse

À Paris, les rues sont animées toute l’année par le flot des millions de touristes venus du monde entier. Et dans la capitale, certains quartiers capturent l’intérêt de ces voyageurs en quête de couleurs et d’histoire. Montmartre fait partie de ces lieux mythiques, où tous se pressent pour voir les artistes de rue.

Sur la place du Tertre, à Montmartre, le tableau semble figé dans le temps. Les pavés résonnent sous les pas pressés. Les serveurs slaloment entre les touristes : « Move, move ! ». Des notes d’accordéon tentent de se faire entendre sous le brouhaha des langues du monde entier et les camion­nettes cherchent à se frayer un chemin. À première vue, rien n’a changé. Et pourtant, tout semble différent. Ce lieu doit son charme à ses peintres et cari­ca­tu­ristes, qui, en quelques coups de pinceau, esquissent le portrait des plus curieux.

Installés depuis plusieurs années parfois décennies, ils ont été les premiers témoins de l’évolution du quartier. « Aujourd’hui, ce n’est plus du tout pareil. Les touristes qui viennent, c’est surtout de la quantité, pas de la qualité », ironise Sylvia, artiste de Montmartre depuis plus de cinquante ans. Lasse du tourisme de masse et ses excès, elle confie : « Je m’accroche aux pavés, c’est tout ce qu’il me reste. »

Montmartre sous la pression du tourisme

« Les gens ne s’émerveillent plus, ils ne prennent plus le temps », observe Pierre, peintre installé lui aussi depuis plusieurs décennies sur la place. « Avant, avec leur appareil argen­tique, les touristes deman­daient l’autorisation pour prendre des photos. Aujourd’hui, tout se fait avec leur téléphone, sans un bonjour. » Le regard des visiteurs reste souvent super­fi­ciel, un geste rapide, un clic, puis ils pour­suivent leur chemin.

Aujourd’hui, les vedettes du quartier, ce sont surtout plutôt les souvenirs en tout genre : Tour Eiffel miniature, porte-​clés baguette et autres babioles, qui enchantent les plus petits. Dans les ruelles étroites de la place, les marchands de sil­houettes en papier affichent des tarifs toujours plus com­pé­ti­tifs : dix euros pour les enfants, quinze pour les étudiants et vingt pour les adultes. Leur objectif : attirer un maximum de visiteurs.

Chaque année, le quartier de Montmartre à Paris accueille environ 11 millions de touristes. ©N.Dajon

Des peintres qui tiennent bon

Mais ces nouveaux artistes ne sont pas au cœur de l’attention des touristes. Malgré l’évolution de l’affluence, et la nouvelle concur­rence, les pas­sion­nés ne déses­pèrent pas. Comme Gérard, qui exerce son art sur la place du Tertre depuis 50 ans. Diplômé de deux écoles d’art pari­siennes, il mise sur son style plus coloré pour se démarquer. L’aquarelle donne aux joues de ses modèles une fraîcheur qui lui est propre. « À l’école on nous apprend la technique, mais c’est important de trouver sa propre identité », détaille le peintre. Et lorsque son pinceau s’affaire sur la toile, les touristes s’agglutinent. C’est l’un des secrets du succès de ces peintres de rue.

L’attention des passants semble inexo­ra­ble­ment en attirer davantage. Les peintres sont donc avenants, inter­pel­lant et hélant pour convaincre les visiteurs à s’asseoir à leur stand. Pour Gérard, l’art est une histoire de famille. Ses petites-​filles ont repris le flambeau à travers la musique. « C’est important de laisser une place à l’art dans notre vie », sourit-​il. Son amour pour le beau semble com­mu­ni­ca­tif, puisqu’une petite fille s’approche déjà, accom­pa­gnée de sa mère. Installé derrière son chevalet, Gérard peint de couleurs cha­toyantes ce souvenir rendu inoubliable.

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