À Paris, ce sont près de 800 000 personnes originaires des départements d’outre-mer qui vivent loin de leur île. À travers des épiceries fines, des saveurs et des initiatives culturelles, elles recréent un peu de chez elles et retissent un lien essentiel avec leurs origines.
Lorsque l’on pousse les portes en verre de l’épicerie dans le IVᵉ arrondissement de Paris, c’est d’abord l’odeur d’épices, qui nous fait atterrir sur l’île de La Réunion. Au comptoir comme dans les rayons, le drapeau de l’île est fièrement accroché, flottant comme un rappel des racines du lieu. « Nout kaz », un nom qui n’a rien d’anodin car en créole réunionnais, il signifie « notre maison ». Et ici, tout est pensé pour que chacun s’y sente comme chez soi : « Le but c’est de déplacer un peu le petit caillou de l’océan Indien, de façon à ramener tous les produits qu’on trouve à la Réunion. C’est 11 heures de vol, 4000 km, un billet d’avion à 1 000 euros. Donc on n’y va pas comme si qu’on allait à Deauville », nous explique la responsable de la boutique. Sur les étagères, les produits emblématiques de l’île deviennent un voyage sensoriel et culinaire : comme les bonbons cravates, une friandise croustillante, ainsi que les boissons aromatisées de la marque Pokka, très consommée à La Réunion. Ou encore les lentilles de Cilaos, que les Réunionnais dégustent traditionnellement avec du riz et un rougail saucisse le dimanche en famille.
Si des milliers de kilomètres séparent Paris de l’île intense, certains n’hésitent pas à franchir la distance hexagonale pour retrouver un peu de chez eux. C’est le cas de Lucas, bocaux de piments à la main, accompagné de sa compagne. Ils ont fait le déplacement depuis la Haute-Savoie, jusqu’à Paris pour retrouver les saveurs de leur île : « Tous les produits nous rappellent notre île et nous aident à nous faire sentir un peu chez nous. »
La passion comme pont entre Paris et l’île natale
À Paris, nombreux sont ceux qui tentent de retisser ce lien à travers leurs passions. C’est le cas d’Ylane, étudiant mahorais en deuxième année au Conservatoire libre du cinéma français. Cet après-midi-là, lui et son équipe ont investi les locaux de la délégation de Mayotte à Paris, transformés en un lieu de tournage. Caméras, projecteurs, silence : tout est prêt pour une escale artistique à destination de Mayotte cette petite île française située dans l’archipel des Comores. À travers son objectif, Ylane entreprend de recréer un chez lui différent. Il a consacré un documentaire sur Mayotte : « L’objectif était de donner la parole aux Mahorais installés à Paris, marqués par le passage du dévastateur cyclone Chido dont on a vu passer énormément d’images sur les réseaux et dans les médias. Et souvent, quand on parle de Mayotte, c’est pour en montrer les aspects négatifs », nous confie-t-il.
Renouer le lien pour rompre l’isolement
Recréer un sentiment de chez soi apparaît aussi comme un moyen essentiel de rompre l’isolement. Un enjeu particulièrement fort pour les personnes originaires des départements d’Outre-mer. Nombreux sont ceux qui quittent leur île pour poursuivre leurs études, trouver un emploi ou accéder à des opportunités professionnelles plus nombreuses qu’au niveau local. Un départ nécessaire, mais qui implique aussi un éloignement géographique, culturel et familial parfois difficile à vivre. « Ces derniers temps, on voit des situations très difficiles : des jeunes disparaissent, et certains sont malheureusement retrouvés décédés dans leur lieu de vie. C’est extrêmement douloureux et on pense que d’une certaine manière, cela peut être lié à l’isolement », nous explique Faridy Attoumane, délégué de Mayotte à Paris. Alors, la délégation multiplie les initiatives : « À travers des rassemblements festifs, on met en avant nos traditions, notre patrimoine culinaire et culturel, il y a un véritable sentiment de retrouver un peu de chez soi, même en étant ici », raconte-t-il.
Un Ultramarin est une personne originaire des territoires français hors Hexagone. Les Outre-mer regroupent notamment la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, La Réunion, Mayotte, ainsi que d’autres territoires comme la Polynésie française ou la Nouvelle-Calédonie. Aujourd’hui, environ 800 000 Ultramarins vivent en Île-de-France.