Chaque année, des millions de tonnes de matériaux de chantier sont jetées en France. À Lille, des initiatives comme Bric à Mat’ proposent une autre voie : récupérer, réutiliser et consommer autrement, tout en rendant le bricolage plus accessible.
Dès l’entrée, une légère odeur de bois et de poussière flotte dans l’air. Les étagères regorgent de matériaux variés : revêtements de sol, lavabos, poignées de porte, et même des objets de décoration. Tous ont un point commun : ils ont été récupérés au lieu d’être jetés. Chez Bric à Mat’, rue Fourier à Lille, à deux pas d’Euratechnologies, l’atelier s’anime au rythme des bricoleurs qui explorent les étagères. Ici, l’économie circulaire prend forme dans une matériauthèque où solidarité et créativité se rencontrent. Porté par l’association Pousses d’Artisans, ce projet a ouvert ses portes en novembre et attire déjà près de 285 adhérents, curieux de découvrir une alternative au bricolage traditionnel.
Des alternatives locales au gaspillage
Chaque année, en France, des millions de tonnes de matériaux de chantier sont jetées. Parmi elles, environ 46 millions de tonnes proviennent du secteur du bâtiment, un volume considérable qui inclut aussi bien les gravats que les matériaux d’aménagement intérieur. Face à cette réalité, certains particuliers adoptent des pratiques alternatives. Dans la rue, au moment des encombrants ou des déménagements, il n’est pas rare de voir des objets récupérés. « Franchement, on trouve de tout. Des meubles, des planches de bois, tout ça parfois en très bon état. C’est économique, mais aussi écologique. Et puis il y a ce côté vintage que j’aime bien », explique Paul, Lillois adepte de la récupération.

Le 18 mars marque la Journée mondiale du recyclage, un rendez-vous pour rappeler l’urgence de réduire et de valoriser nos déchets. à Lille, cet enjeu prend de plus en plus d’ampleur, porté par de nombreuses initiatives locales comme les recycleries, ressourceries ou friperies. Et Bric à Mat’ en est un parfait exemple : ici, la démarche dépasse la simple recherche d’un objet précis. « Les gens viennent souvent par curiosité, pour découvrir ou s’inspirer. Ici, on ne trouve pas toujours un produit exact, mais plutôt des opportunités de consommer autrement et moins cher », explique Camille, membre de l’équipe. Les prix sont généralement 40 % à 70 % inférieurs à ceux du commerce traditionnel, un avantage qui séduit autant que la dimension écologique.
Un projet à dimension sociale
Mais Bric à Mat’ ne se limite pas au réemploi des matériaux. Le projet intègre également une dimension sociale, en accompagnant des personnes éloignées de l’emploi. « On accueille des bénéficiaires pour des immersions courtes, avec l’idée de proposer plus tard des engagements plus longs. Le lieu s’y prête bien et tout le monde en profite. Comme ça, on combine la dimension économique, écologique et sociale », précise Camille. À terme, l’ambition est d’aller encore plus loin : ouvrir un atelier partagé pour que chacun puisse bricoler ses projets, et une outithèque. Un développement progressif qui pourrait renforcer encore l’ancrage local de cette initiative et donner au lieu une atmosphère vivante et participative, où matériaux, idées et solidarités se croisent au quotidien.
