Le Berger d’Alep : écrire la guerre pour mieux raconter l’humain

Entre deux repor­tages, la jour­na­liste Stéphanie Perez publie, le 12 mars 2026, son nouveau roman : Le Berger d’Alep. Inspiré des conflits qu’elle couvre depuis près de trente ans, l’ouvrage prolonge par la fiction son expé­rience du terrain.

Le récit s’ouvre dans les décombres du séisme qui a frappé la Syrie en février 2023. Une femme appelle Zaatar, son chien, qu’elle croit coincé sous les gravats. La région est main­te­nant meurtrie par la catas­trophe naturelle, alors que les cica­trices de la guerre restent béantes. Recueilli sept ans plus tôt, en pleine bataille d’Alep, l’animal devient le fil conduc­teur du roman. À travers lui se tissent les liens entre les habitants d’un immeuble d’Alep-Ouest que tout oppose.

« Zaatar, le chien qui console, fait déjà des conquêtes et j’en suis émue ! », écrit l’autrice sur Instagram, heureuse de voir son per­son­nage toucher les premiers lecteurs. Le livre figure déjà dans la première sélection du prix de la Closerie des Lilas.

Une lit­té­ra­ture de terrain

Grand reporter pour France Télévisions, Stéphanie Perez couvre depuis de nom­breuses années les zones de conflit. De la Syrie à l’Ukraine, en passant par l’Iran, elle se trouve souvent là où l’histoire bascule. Cette expé­rience nourrit direc­te­ment son travail de roman­cière : « tous les per­son­nages dans mes livres sont inspirés de gens que j’ai ren­con­trés », expliquait-​elle.

Avant Le Berger d’Alep, elle avait déjà publié Le Gardien de Téhéran en 2023, inspiré de l’Iran, son « pays de cœur », puis La Ballerine de Kiev en 2024. Ce dernier raconte la rencontre impro­bable entre « deux mondes qui n’auraient pas dû se ren­con­trer : celui de la guerre, avec les corps abîmés et la mort, et celui de la danse, fait de beauté et de grâce ».

L’écriture comme exutoire

Passer de l’écriture jour­na­lis­tique à la fiction n’est pas chose aisée. Dans le reportage, la contrainte du format laisse peu de place au travail sty­lis­tique ; dans le roman, au contraire, la forme compte autant que l’histoire. L’autrice explique ainsi pouvoir, cette fois, « chercher le mot juste pendant des heures ».

L’écriture devient alors une manière de revenir sur les émotions et les questions laissées en suspens par les terrains de guerre. Cette frontière entre jour­na­lisme et lit­té­ra­ture traverse toute son œuvre. Pour écrire La Ballerine de Kiev, Stéphanie Perez s’est notamment appuyée sur ses repor­tages en Ukraine après l’Invasion russe de l’Ukraine en 2022. Certains per­son­nages sont direc­te­ment inspirés de ren­contres faites sur place : « La petite fille, c’est une petite fille que j’ai ren­con­trée à Kherson. Le soldat blessé, ce sont des soldats que j’ai ren­con­trés dans les hôpitaux », racontait-​elle.

La jour­na­liste se souvient aussi avoir passé « beaucoup de temps dans les caves » avec les habitants, à attendre la fin des bom­bar­de­ments. « Je sais ce que c’est que d’avoir la trouille quand les bombes tombent au-​dessus », confie-​t-​elle. Des expé­riences qui nour­rissent ensuite ses récits.

Stéphanie Perez, sur le plateau de Quelle époque !, le 7 février 2026 ©Stéphanie Perez

Des romans au cœur d’un monde en conflit

Alors que Stéphanie Perez continue de couvrir les zones de guerre pour France Télévisions, ses romans restent étroi­te­ment liés à l’actualité inter­na­tio­nale. Invitée sur le plateau de Quelle époque ! ce 7 mars dernier, dans une émission consacrée au Proche-​Orient, elle analysait les tensions et les affron­te­ments qui secouent la région.

Dans ce contexte, Le Berger d’Alep prend une résonance par­ti­cu­lière. En retraçant la vie quo­ti­dienne des habitants de la ville syrienne, encore marquée par la guerre et le séisme, le roman replace les histoires indi­vi­duelles au cœur du tumulte géo­po­li­tique. Pour la jour­na­liste, raconter la ville et ses habitants est aussi une manière de « montrer ce que l’homme peut faire de meilleur », même là où les conflits semblent tout emporter.

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