Municipales de Lille : une campagne 2.0

À Lille, les élections se jouent aussi en ligne. À moins de deux semaines du vote, les candidats misent sur la com­mu­ni­ca­tion digitale pour capter l’attention. Leurs vidéos courtes deviennent une vitrine pour séduire les électeurs et remo­bi­li­ser une jeunesse souvent absente des urnes.

Facebook, Instagram, TikTok ou X… Les réseaux sociaux semblent incon­tour­nables lors des élections. Durant la première quinzaine de février, plus de 3 500 publi­ca­tions liées au scrutin ont été recensées en France, pour 22 millions de vues et près de 100 000 partages*. Une évolution nette par rapport à 2020, quand TikTok restait surtout le terrain des influen­ceurs et des vidéos virales. Le scénario est mil­li­mé­tré : des séquences courtes de 10 à 30 secondes, une proximité assumée avec les habitants et des musiques tendance pour maximiser les vues.

À Lille aussi, chaque réunion ou dépla­ce­ment de terrain se retrouve filmé et partagé en ligne. Si les grands partis poli­tiques comme le Parti socia­liste, Les Républicains ou La France Insoumise ont tous investi ces pla­te­formes, les candidats indé­pen­dants comptent eux aussi sur elles pour compenser leur manque de visi­bi­lité dans les médias tra­di­tion­nels. C’est le cas de Baptiste Roussel, candidat sans étiquette : « C’est un moyen de toucher plus faci­le­ment les électeurs. En trois semaines, une quinzaine de personnes m’a contacté pour me proposer leur aide. Ça permet aussi de déve­lop­per une base qui s’investit dans le projet »

Ils ne rem­placent pas le terrain, mais l’amplifient

Diffusion de vidéos , ren­contres avec les habitants ou mises en scène dans les rues : les réseaux sociaux huma­nisent les candidats et pro­longent le contact du terrain. Pour beaucoup de jeunes, ils sont également la première porte d’entrée dans la campagne. « Les réseaux sociaux occupent aujourd’hui une place impor­tante dans notre stratégie de com­mu­ni­ca­tion car ils per­mettent d’atteindre plus faci­le­ment la jeunesse. Nous les utilisons d’abord comme un outil de proximité : ils ne rem­placent pas le terrain, mais l’amplifient », résume Louis Delemer, candidat des Républicains.

Pour Léa, étudiante à l’Université catho­lique de Lille, cette stratégie semble porter ses fruits : « Je trouve ça bien car je pense que ça fait connaître un peu tout le monde, ça nous informe sur les candidats qu’on ne connait pas forcément, ça nous permet de mettre un nom sur un visage et surtout d’en apprendre plus sur les programmes. »

Orane est étudiante à l’Université Catholique de Lille © N.Dajon

Une attrac­ti­vité limitée ?

Si la campagne numérique permet de toucher davantage de jeunes, certains restent pourtant scep­tiques face à cet intérêt soudain pour les réseaux sociaux. « Je trouve que ces mises en scène, c’est un peu se moquer de nous. J’ai l’impression que c’est un jeu et que ce n’est pas du tout sincère », juge Orane, étudiante à l’Université Catholique de Lille. Pour Clarisse, le constat est le même : « Les réseaux sociaux ne m’influencent pas, si je veux vraiment voter, je vais plus m’intéresser au papier, à ce qu’ils disent et pas à ce qu’ils montrent sur Tiktok ou Instagram parce que je sais que ce n’est pas vrai »

Au‑delà de ce manque d’authenticité dénoncé par une partie du public, l’impact concret de ces pla­te­formes dans les urnes demeure limité, encore trop récent pour impacter mas­si­ve­ment le vote. « Un candidat qui ne passe pas sur TikTok a, selon moi, moins de chances de ras­sem­bler les jeunes. Mais leur effet est discuté, car cela vient surtout conso­li­der ou conforter nos préjugés », analyse Thiphaine Zetlaoui, doc­to­rante en information‑communication.

*Selon une étude Visibrain de 2026

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