Briser la glace : le hockey féminin sort de l’ombre

Longtemps perçu comme un sport masculin, le hockey sur glace féminin connaît aujourd’hui un nouvel élan en France. Les joueuses des Corsaires de Dunkerque racontent, entre dif­fi­cul­tés d’intégration, esprit de soli­da­rité et nouvelle visi­bi­lité, notamment depuis les Jeux olym­piques d’hiver de Milan-​Cortina 2026, comment leur dis­ci­pline se transforme.

Le hockey sur glace féminin reste aujourd’hui une dis­ci­pline marquée par un envi­ron­ne­ment majo­ri­tai­re­ment masculin. Thélia Nuttin, défen­seuse de l’entente Wasquehal Dunkerque , décrit pourtant ce sport comme « un sport de famille », même si son expé­rience témoigne d’une certaine solitude : « je pense que j’étais la seule fille de ma catégorie ». Si les contacts physiques sont interdits chez les féminines, la dis­ci­pline reste exigeante et engagée. Mais au-​delà du jeu, ce sont surtout les condi­tions de pratique qui peuvent être dif­fi­ciles. « Quand on est qu’avec des garçons, c’est un peu compliqué », confie-​t-​elle, évoquant une ado­les­cence passée presque exclu­si­ve­ment entourée de garçons.

Un constat partagé par Zoé Caron défen­seuse aussi chez les Corsaires : « on était peut-​être deux ou trois filles ». Elle souligne également le poids du regard extérieur et certaines inéga­li­tés per­sis­tantes : « on a peur du regard des autres » et « on a toujours des problèmes avec des garçons qui se sentent supé­rieurs ». Face à cela, les joueuses déve­loppent une forte soli­da­rité. Le faible nombre de licen­ciées renforce les liens et favorise une proximité par­ti­cu­lière : « on se retrouve toujours toutes, chez les filles c’est plus de la copinade ».

Dans cet envi­ron­ne­ment, les modèles féminins jouent un rôle important. Dans la région, Estelle Duvin, ancienne joueuse de Dunkerque aujourd’hui au SC Bern Frauen, constitue une figure de référence. Marraine de l’équipe, elle repré­sente une source de moti­va­tion pour les jeunes joueuses, qui peuvent s’identifier à son parcours.

Le hockey sur glace féminin s’est structuré pro­gres­si­ve­ment en France à partir des années 1980, avec la création d’un cham­pion­nat national en 1986 – 1987. La dis­ci­pline connaît un déve­lop­pe­ment plus marqué à partir des années 2000, porté par les clubs et les poli­tiques de fémi­ni­sa­tion. Aujourd’hui, la Fédération française de hockey sur glace encourage cette dynamique en incitant les clubs à déve­lop­per des sections féminines. À Dunkerque, cela s’est traduit par la création d’une entente il y a trois ans avec le club de Wasquehal, ini­tia­le­ment en manque de joueuses. Désormais, les entraî­ne­ments ont lieu trois fois par semaine et le club compte environ 60 licenciées.

La visi­bi­lité joue également un rôle clé dans ce déve­lop­pe­ment. L’organisation du tournoi des quatre nations à Dunkerque a permis d’attirer un nouveau public et de faire découvrir le hockey féminin. « Cet événement a vraiment amené du monde et permis de découvrir une nouvelle facette du hockey féminin », explique la coach Guilaine Mormentyn. Le club mise aussi sur la com­mu­ni­ca­tion, notamment via les réseaux sociaux et des produits dérivés, afin de gagner en notoriété.

Un nouvel élan pour le hockey féminin grâce aux Jeux olympiques

Les Jeux olym­piques d’hiver de Milan-​Cortina 2026 repré­sentent une étape impor­tante pour la dis­ci­pline. Pour la première fois de son histoire, l’équipe de France féminine s’est qualifiée pour cette com­pé­ti­tion, offrant une visi­bi­lité inédite au hockey sur glace féminin.

Au niveau local, les effets semblent déjà per­cep­tibles : « on a beaucoup de demandes d’essai pour le mois d’avril ». Zoé Caron en est convain­cue : « je suis sûre que les JO auront un effet sur les licences ». Même constat du côté de l’encadrement, où l’on observe l’arrivée de nouvelles joueuses : « depuis les JO, des filles sont venues se présenter ».

Cette dynamique s’inscrit dans un phénomène classique lié aux grands évé­ne­ments sportifs, où la média­ti­sa­tion suscite de nouvelles vocations, notamment chez les plus jeunes. Toutefois, malgré cet engoue­ment, la dis­ci­pline reste fragile. La majorité des joueuses ne sont pas rému­né­rées et doivent concilier leur pratique avec une activité pro­fes­sion­nelle, ce qui limite encore son déve­lop­pe­ment à long terme.

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