Le Festival de théâtre d’Ailleurs et d’À Côté s’est achevé ce dimanche 29 mars avec le spectacle « Clac », joué lors des trois derniers jours successifs. La petite salle de la Ferme Dupire à Villeneuve d’Ascq est pleine. Les spectateurs qui n’ont pas réservé sont placés en liste d’attente, espérant des désistements de dernière minute. « Je veux bien payer plein tarif, même si je suis éligible au tarif réduit », insiste l’une d’elles pour accéder au spectacle, coûte que coûte. On se sert sur les bancs, et deux heures plus tard, quand la fin retentit, la mise en scène et la troupe de Julie Bauduin sont ovationnées.

Une histoire de famille, entre rancœur et silence
Lucie, la première protagoniste, décrit, dans son monologue d’ouverture, ce bruit qu’elle a entendu : « Clac ». Elle aurait pu le confondre d’abord avec « la pluie qui claque sur les vitres. » Mais non, elle en est sûre, c’est la vie de sa grand-mère Josette qui vient de s’envoler devant elle. « Clac, le bruit de la mort », d’où le titre complet de la pièce. Sur ce lit d’hôpital, elle est seule avec cette étrangère, la mère de son père, qu’elle n’a pas vue « depuis 15 ans ». L’histoire raconte ce qui a fracturé cette famille. Son père, son oncle et sa tante font alors leur entrée. Ils ne s’entendent pas. Ils ne se ressemblent pas. Et pourtant, ils font famille. Ils voient leur mère gisant là, sur ce lit, et sont d’abord persuadés qu’elle ment, encore une fois, « qu’elle fait semblant ». Ils en ont beaucoup, des reproches contre leur mère.
La succession des flash-back dans leur maison d’enfance et des huis clos à l’hôpital retracent les épisodes traumatiques causés par la défunte. Mais ils dessinent des problématiques bien plus complexes, où finalement, cette mère, dont le rôle de mère a échappé, n’est pas moins la victime des dominations qu’elle a subies que ses propres enfants. Un avertissement donné avant la représentation annonce d’emblée la couleur : « Clac » traite de thèmes sensibles, de la mort aux violences familiales. Rien de gratuit pourtant, puisque tout, dans la pièce, s’ancre dans une histoire vécue.
« Clac », du bruit de la mort … à celui de la vie
Julie Bauduin puise ce récit dans son vécu. Le personnage de Lucie s’inspire directement d’elle : « c’était vraiment un travail d’acceptation de ma famille et d’où je venais, je voulais surtout en faire une force et non quelque chose de négatif. » Elle commence à écrire à l’automne de l’année 2019, après que, dans ses derniers souffles, sa grand-mère appelle à l’aide par ces mots, qui deviendront les premiers du texte : « Maman, j’ai peur, viens me chercher ! ».
Durant trois ans, cette nouvelle dramaturge, habituée de la scène, enquête sur sa famille. Lorsque le texte est achevé, il est d’abord mis en voix, puis elle regroupe une compagnie de cinq comédiens avec un régisseur et une cadreuse qui filme le spectacle. Simples mais efficaces, les décors sont faits maison : un lit d’hôpital, réversible en canapé pour les moments dans la maison de leur enfance. Un drap tiré comme fond, utile pour les jeux de lumière, entre ombre chinoise et projection vidéo, et une ambiance sonore oppressante pour accompagner cette tragédie.
De quoi ravir le public de la Grange de la Ferme Dupire, qui voit se succéder les compagnies locales depuis 35 ans. Président du Théâtre d’à Côté depuis ses débuts, Pierre Douliez prend soin de les sélectionner pour donner au Festival d’Ailleurs et d’À Côté « le point d’orgue » que mérite la saison. Ce n’est donc pas anodin qu’elle se clôture avec l’écriture cathartique de Julie Bauduin, qui fait œuvre d’un héritage douloureux. La boucle est bouclée, autant pour l’un que pour l’autre.