Sous ses verrières centenaires, le plus ancien marché couvert de Paris attire désormais bien au-delà des riverains. Derrière les odeurs d’épices et les étals colorés, c’est une autre réalité. Celle d’un marché profondément gentrifié pour touristes en quête d’un Paris fantasmé.
À l’entrée du Marché des Enfants-Rouges, au 39 rue de Bretagne, le décor semble inchangé. Fondé en 1615, ce marché chargé d’histoire tire son nom d’un ancien orphelinat. Il a traversé les siècles et a même échappé à la destruction dans les années 1990, grâce à la mobilisation des habitants. Aujourd’hui encore, ses poutres métalliques et son ancienne arcade racontent Paris.
Mais à y regarder de plus près, le décor a quelque peu changé. On y trouve toujours quelques étals de produits frais : poissons, fleurs de saison ou encore fruits et légumes colorés. Pourtant, ce ne sont plus eux qui attirent le regard. Désormais, une dizaine de stands proposent des cuisines venues d’ailleurs : burgers bio, plats libanais, assiettes de pâtes à l’italienne, spécialités marocaines et japonaises ou encore crêpes revisitées.

L’ensemble évoque davantage un espace où l’on vient manger sur le pouce qu’un marché où l’on fait ses courses. Dans les allées étroites, l’anglais, l’espagnol ou l’allemand y résonnent presque autant que le français. Mary, étudiante américaine en échange à Paris, raconte qu’elle adore y emmener ses amies et sa famille lorsqu’elles traversent l’Atlantique pour lui rendre visite : « L’endroit est beau, on y mange bien et on se croirait dans Emily in Paris. Elles adorent. » Une image flatteuse, qui dit aussi beaucoup de ce que le Marché des Enfants-Rouges est devenu.
Du marché populaire au décor cliché
Cette évolution ne s’est pas faite du jour au lendemain. Avec la transformation du quartier du Marais, devenu plus cher et plus fréquenté, le marché a suivi le mouvement. Il attire aujourd’hui une clientèle étrangère, curieuse de goûter à une ambiance parisienne… idéalisée. Les visites guidées s’y arrêtent, les files d’attente s’allongent et les touristes prennent plus de photos qu’ils ne remplissent leur panier.
Les produits, eux, passent par des intermédiaires, ce qui se ressent dans les prix, souvent élevés pour un marché. L’esprit d’origine, acheter des produits frais à des commerçants locaux, laisse peu à peu place à une autre manière de consommer le lieu. Ouvert toute la journée, le marché continue d’attirer quelques riverains. Mais ils le partagent désormais avec des visiteurs venus « vivre Paris ».