Au marché des Enfants-​Rouges, l’au­then­ti­cité est devenue cliché

Sous ses verrières cen­te­naires, le plus ancien marché couvert de Paris attire désormais bien au-​delà des riverains. Derrière les odeurs d’épices et les étals colorés, c’est une autre réalité. Celle d’un marché pro­fon­dé­ment gentrifié pour touristes en quête d’un Paris fantasmé.

À l’entrée du Marché des Enfants-​Rouges, au 39 rue de Bretagne, le décor semble inchangé. Fondé en 1615, ce marché chargé d’histoire tire son nom d’un ancien orphe­li­nat. Il a traversé les siècles et a même échappé à la des­truc­tion dans les années 1990, grâce à la mobi­li­sa­tion des habitants. Aujourd’hui encore, ses poutres métal­liques et son ancienne arcade racontent Paris.

Mais à y regarder de plus près, le décor a quelque peu changé. On y trouve toujours quelques étals de produits frais : poissons, fleurs de saison ou encore fruits et légumes colorés. Pourtant, ce ne sont plus eux qui attirent le regard. Désormais, une dizaine de stands proposent des cuisines venues d’ailleurs : burgers bio, plats libanais, assiettes de pâtes à l’italienne, spé­cia­li­tés maro­caines et japo­naises ou encore crêpes revisitées.

Après sa fermeture en 1994, la muni­ci­pa­lité comptait bien trans­for­mer ce lieu his­to­rique en parking. ©TomLangin

L’ensemble évoque davantage un espace où l’on vient manger sur le pouce qu’un marché où l’on fait ses courses. Dans les allées étroites, l’anglais, l’espagnol ou l’allemand y résonnent presque autant que le français. Mary, étudiante amé­ri­caine en échange à Paris, raconte qu’elle adore y emmener ses amies et sa famille lorsqu’elles tra­versent l’Atlantique pour lui rendre visite : « L’endroit est beau, on y mange bien et on se croirait dans Emily in Paris. Elles adorent. » Une image flatteuse, qui dit aussi beaucoup de ce que le Marché des Enfants-​Rouges est devenu.

Du marché populaire au décor cliché

Cette évolution ne s’est pas faite du jour au lendemain. Avec la trans­for­ma­tion du quartier du Marais, devenu plus cher et plus fréquenté, le marché a suivi le mouvement. Il attire aujourd’hui une clientèle étrangère, curieuse de goûter à une ambiance pari­sienne… idéalisée. Les visites guidées s’y arrêtent, les files d’attente s’allongent et les touristes prennent plus de photos qu’ils ne rem­plissent leur panier.

Les produits, eux, passent par des inter­mé­diaires, ce qui se ressent dans les prix, souvent élevés pour un marché. L’esprit d’origine, acheter des produits frais à des com­mer­çants locaux, laisse peu à peu place à une autre manière de consommer le lieu. Ouvert toute la journée, le marché continue d’attirer quelques riverains. Mais ils le partagent désormais avec des visiteurs venus « vivre Paris ».

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